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  • Lettre du Grand Magistère de janvier 2009: cliquez ici

              Message du Grand Maître de l’Ordre Equestre du Saint Sépulcre de Jérusalem (en anglais)

2 avril 2009

 

My dear brother and sister Knights and Ladies of the Holy Sepulchre:

Holy Week and Easter recall the true purpose of our Order: our profound faith in the Passion, Death and Resurrection of Our Lord and Savior Jesus Christ and the consequences of that faith in our daily lives.

Certainly we must help our fellow Catholics in the Holy Land, especially those of the Latin Patriarchate of Jerusalem; certainly we should seek to go on pilgrimage to the Holy Land and walk in the footsteps of Jesus; but every day we can live the reality of the Passion, Death and Resurrection of Our Lord in all or several of the following ways:

  • the recitation of the Holy Rosary, especially the Sorrowful and Glorious Mysteries;
  • the following of the Way of the Cross, either by taking part in a service of the Stations of the Cross in a church or by going from station to station privately in church or by reviewing the Way of the Cross at home either in a prayer book or through personal meditation;

           (For the 25th consecutive year, I shall be doing the television commentary on the evening of Good Friday for the Holy Father’s Way of the Cross from the Colosseum in Rome.)

  • fervent participation in the Mass, the Eucharistic Sacrifice, not only on Sundays and feasts of precept, but also, if possible, on weekdays, perhaps especially on Fridays.

The primary purpose of our Order is the sanctification of our members, and the mantles or mantillas that we wear as an external symbol of our membership mean nothing if they do not reflect an inner transformation, a growth in closeness to the Lord.

Finally, I would hope that we would all pray for one another, that we would all pray for our brothers and sisters in the Holy Land and – especially – that we would all pray for our Holy Father Pope Benedict XVI for the spiritual fruitfulness of his work as Vicar of Christ and for the success of his apostolic visit to the Holy Land where he seeks to be a messenger of truth and an instrument of peace.

May God grant to all of you a spiritually fruitful Holy Week and a happy and blessed Easter season!

Sincerely in Christ,

Consulta 2009 de l’Ordre Equestre du Saint Sépulcre de Jérusalem

Différents discours durant la Consulta quinquennale de l'Ordre, Rome, Villa Aurelia

 

1. HOMÉLIE DU CARDINAL JOHN P. FOLEY

 MESSE INAUGURALE DE LA CONSULTA QUINQUENNALE

VILLA AURELIA

ROME, 1er DÉCEMBRE 2008

Mes frères et soeurs en Jésus-Christ :

Tout d’abord je vous souhaite la bienvenue à Rome et à la Consulta de l’Ordre Equestre du Saint Sépulcre de Jérusalem. Cette Messe est offerte à votre intention et à l’intention de notre Ordre et de ses activités en Terre Sainte.

La lecture de la Messe d’aujourd’hui semble avoir été expressément choisie pour nous.

A la première lecture, Isaïe dit aux nations : « Venez, montons à la montagne du Seigneur, à la maison du Dieu de Jacob, qui nous montre et nous montrera ses chemins et nous marcherons sur ses routes ».

Isaïe poursuit :

« C’est de Sion que vient l’instruction et de Jérusalem la parole du Seigneur. Il sera juge entre les nations, l’arbitre de peuples nombreux. Martelons leurs épées, ils en feront des socs ; de leurs lances ils feront des serpes. On ne brandira plus l’épée nation contre nation, on n’apprendra plus à se battre ».

Notre travail au sein de l’Ordre du Saint Sépulcre n’est-il pas un travail qui entend promouvoir la paix ?

Premièrement, nous essayons d’aider le Patriarcat Latin de Jérusalem à répandre plus largement le message de vérité et d’amour transmis dans l’Evangile de Notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ.

Deuxièmement, nous concentrons notre assistance sur les écoles et les institutions caritatives qui son ouvertes à toutes les personnes afin qu’une atmosphère de compréhension et de respect réciproques soit encouragée en Israël, en Palestine et en Jordanie – compréhension et respect qui, nous l’espérons, conduiront à une paix durable.

Troisièmement, nous prions pour la paix – particulièrement en Terre Sainte, mais aussi dans le monde entier. Nous prions pour que les épées soient vraiment transformées en socs, en instruments de paix.

Dans l’Evangile, nous avons entendu le centurion prier Notre Seigneur pour qu’il guérisse son serviteur, mais il a dit, quand le Seigneur lui a offert de venir chez lui, « Seigneur, je ne suis pas digne que Vous entriez sousmon toit, dites seulement un mot et mon serviteur sera guéri ».

N’est-ce pas, presque mot pour mot, ce nous disons avec le prêtre avant la Communion ?

Pouvons-nous, nous qui avons été pèlerins en Terre Sainte, ne pas voir dans notre esprit le Mont Sion et le Mur de l’Ancien Temple ? Ne pouvons-nous pas avoir une vision de Capharnaüm le long des côtes de la Mer de Galilée ?

Ainsi nous faisons partie de la formule pour la paix en Terre Sainte – inspirée par le Livre d’Isaïe. Nous avons une formule pour notre propre sanctification qui s’exprime dans les humbles paroles du centurion – un aveu denotre indignité et une ouverture au travail de la grâce divine qui œuvre en nous. Les ornements que nous portons – sur lesquels la Croix de Jérusalem symbolise les cinq blessures de Notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ – sont conçus non pas pour nous mettre à l’écart en tant que peuple spécial, ce que nous ne sommes pas, mais pour rappeler à nous-mêmes et aux autres notre obligation particulière d’être identifiés avec la Passion du Christ et d’assister les chrétiens qui vivent dans la terre qu’Il a ainsi sanctifiée.

Ainsi nous pouvons conclure maintenant sur cette prière qui est si mémorable depuis la cérémonie d’investiture et des si nombreuses cérémonies du Chemin de Croix dans nos paroisses et nos écoles : « Nous T’adorons, O Jésus-Christ, et nous te Bénissons, parce que par ta Sainte Croix tu as racheté le monde ! »

2. ALLOCUTION DU CARDINAL JOHN P. FOLEY,

 CONSULTA QUINQUENNALE

DE L’ORDRE,

VILLA AURELIA,

ROME, 1er DÉCEMBRE 2008

 

Mes frères et soeurs en Jésus-Christ :

C’est un plaisir et un honneur pour moi de vous accueillir à la Consulta de l’Ordre Equestre du Saint Sépulcre – ma première Consulta et, je suis certain, la première pour un grand nombre d’entre vous.

Le but de la Consulta, comme vous le savez, n’est pas seulement d’évaluer les évènements des cinq dernières années mais aussi, et surtout, de planifier, dans la prière et avec attention, les cinq prochaines années.

Comme vous le savez également, c’est pour moi un travail tout à fait nouveau. Si j’ai été membre de l’Ordre, depuis 1991, investi motu proprio par le Cardinal Giuseppe Caprio, et si j’ai été fidèle dans les versements de mes cotisations à la Lieutenance de l’Est des Etats-Unis, ce n’est que la semaine dernière que j’ai découvert que j’avais été nommé par le Cardinal Caprio membre de la Lieutenance de l’Italie centrale. Je m’excuse auprès de la Lieutenance de l’Italie centrale d’avoir involontairement été si peu actif auprès de ses membres – même si ma première investiture de nouveaux Cavaliers et de nouvelles Dames a eu lieu, heureuse circonstance, à Rome avec eux et pour eux.

Malgré mon manque évident d’expérience, cependant, Notre Saint Père le Pape Benoît XVI m’a nommé, en juin 2007, Grand Maître de votre Ordre, et je suis profondément honoré de me trouver parmi vous à réfléchir sur comment aider plus efficacement et plus largement nos amis chrétiens de Terre Sainte et sur comment approfondir ainsi notre vie spirituelle dans l’union avec Jésus-Christ, dont la vie, la mort et la résurrection ont vraiment sanctifié cette terre que nous essayons de servir.

Je suis très reconnaissant à mon éminent prédécesseur, le Cardinal Carlo Furno, pour sa gentillesse et ses encouragements, ainsi qu’aux personnalités et au personnel du Grand Magistère pour leur accueil courtois et leur coopération. Naturellement, j’ai travaillé en collaboration étroite avec notre Gouverneur Général Pier Luigi Parola, notre Gouverneur Général Adjoint, Adolfo Rinaldi, notre Chancelier, Monseigneur Juan Dorronsoro, notre maître de cérémonies, Monseigneur Francis Kelly, et notre nouveau Vice Chancelier Père Hans Brouwers, un vieil ami à moi et l’un de mes anciens étudiants, que le Cardinal Justin Rigali de Philadelphie a eu la bonté de nommer au service de notre Ordre à Rome. Je suis heureux de vous annoncer que nous avons un nouveau Conseiller, l’Archevêque Joseph DeAndrea, ancien Nonce au Kuwait. L’Archevêque DeAndrea, originaire du Diocèse d’Ivrée, en Italie du nord, le même diocèse d’origine du Cardinal Furno, était prêtre au Diocèse de Greensburg, Pennsylvanie, mon propre état ; on peut donc affirmer qu’il est bien préparé à servir un grand nombre de personnes et de cultures. Bienvenue Monseigneur DeAndrea !

Je suis aussi reconnaissant à un grand nombre d’entre vous qui m’ont reçu si chaleureusement aux cérémonies d’investiture. J’essaie de me rendre dans le plus grand nombre de lieutenances possible, non seulement à l’occasion de cérémonies, mais aussi pour observer les activités conduites pour assurer la vitalité de l’Ordre au nom de nos frères et sœurs de Terre Sainte. Comme ceux parmi vous qui sont lieutenants le savent, j’ai déjà eu le plaisir de visiter toutes les lieutenances italiennes, à l’exception de celles de la Sicile, ainsi que la Suisse, la France, l’Espagne, l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Irlande et les lieutenances du nord-est et de l’est des Etats-Unis. Précisément le week-end dernier, je me trouvais à Liverpool en Angleterre. Le Gouverneur Général Parola et moi-même avons également rencontré l’été dernier, à Toronto, les lieutenants de l’Amérique du nord. J’ai été très favorablement impressionné et je vous remercie non seulement de votre courtoisie envers moi, mais aussi et surtout pour tout ce que vous avez fait pour la Terre Sainte.

Ma nomination aux fonctions de Grand Maître a coïncidé pratiquement avec un changement dans la direction du Patriarcat Latin de Jérusalem, que nous nous engageons à assister et à servir.

J’ai eu le privilège de visiter la Terre Sainte deux fois cette année, une fois en janvier, quand le Patriarche Michel Sabbat occupait encore ses fonctions et une fois en juin à l’occasion des cérémonies de la succession de notre nouveau Patriarche Fouad Twal. Comme vous le savez, le Patriarche Latin est, en vertu du statut, le Grand Prieur de notre Ordre et je me réjouis de la présence parmi nous, durant toute la semaine, du Patriarche Twal. Je tiens à remercier le Patriarche Twal et son prédécesseur, le Patriarche Emérite Sabbah, pour l’infinie gentillesse qu’ils ont manifestée à mon égard lors de mes visites à la Terre Sainte cette année. Ils m’ont permis de constater de près la différence apportée par notre Ordre en Terre Sainte en ce qui concerne le nombre et la qualité des écoles, des paroisses et des institutions caritatives que nous assistons.

Comme vous le savez, le Patriarche Emérite Sabbah et le Patriarche Twal sont tus deux originaires de la Terre Sainte ; le Patriarche Emérite Sabbah vient de Nazareth, en Galilée, et le Patriarche Twal de Madabah, en Jordanie. Tous deux sont des élèves de l’excellent séminaire de Beit Jala qui reçoit un soutien actif de notre Ordre et qui a besoin et mérite que nous fassions encore davantage pour eux. J’ai été favorablement impressionné non seulement par la qualité du clergé du Patriarcat Latin, mais aussi par la qualité et la spiritualité des séminaristes, dont un grand nombre font de grands sacrifices pour poursuivre leurs études de prêtres dès lors surtout qu’un grand nombre d’entre eux ne peuvent revenir chez eux pendant les vacances, à cause des restrictions à leur mobilité imposées par les autorités israéliennes.

Avant que je ne devienne Grand Maître de cet Ordre, j’avais cinq fois visité la Terre Sainte – la première fois en 1965, avant la Guerre des Six Jours, et la dernière fois en 1977, avant l’Intifada. J’étais journaliste, et donc formé à observer et à poser des questions délicates et parfois embarrassantes, surtout aux autorités civiles. Je peux simplement dire que la situation de nos amis chrétiens devient de plus en plus tendue. Surtout dans les Territoires Palestiniens, leurs possibilités de trouver un logement, un emploi, de voyager et même d’avoir accès à leur terre sont devenues toujours plus difficiles.

Il serait présomptueux de ma part d’annoncer un nouveau programme et de nouvelles initiatives en ce moment où je devrais plutôt profiter de votre expérience et de votre sagesse, et d’ailleurs j’attends avec impatience d’écouter vos réflexions.

J’ai l’intention d’être auprès de vous tous les matins au cours de la première session, et j’essaierai de me rendre d’un groupe linguistique à l’autre. J’espère également pouvoir être présent à chacune des sessions générales du soir. Pendant le reste de la journée, cependant, j’espère rencontrer chacun d’entre vous en privé pour connaître et écouter vos inquiétudes, vos espoirs et vos plans.

Pendant la semaine, nous aurons le privilège d’écouter le Cardinal Leonardo Sandri, préfet de la Congrégation pour les Eglises Orientales, dont relève le Patriarche Latin. Le Cardinal Sandri a même été jusqu’à remettre un voyage très important qu’il avait prévu pour rester parmi nous. Nous écouterons également l’Archevêque Gianfranco Ravasi, Président du Conseil Pontifical de la Culture, qui est bien connu pour sa compétence dans les écritures et pour ses fonctions à la télévision ici en Italie, et de Monseigneur Robert Stern, Président de l’Association Catholique du Bien-être du Proche-Orient et la Mission Pontificale pour la Palestine, qui est un membre dévoué de notre Ordre et qui vient de fêter l’anniversaire d’or de son ordination.

Le Cardinal Tarcisio Bertone, Secrétaire d’Etat, nous honorera lui aussi d’une allocution sur la politique du Saint Siège à l’égard de la Terre Sainte et sur la vision de notre travail pour l’Eglise.

Enfin, nous aurons l’honneur, vendredi, d’écouter une allocution de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI qui nous fera l’honneur de nous recevoir en audience au Vatican et de nous faire connaître ses espoirs pour notre Ordre.

Comme vous le voyez notre semaine sera chargée et riche d’enjeux, mais je suis sûr qu’elle sera féconde et satisfaisante. Nous avons délibérément choisi un endroit pour notre réunion doté d’une belle chapelle et d’une salle de réunion bien équipée, même si nos chambres sont un peu plus austères que celles auxquelles vous êtes peut-être habitués. C’est volontairement que nous avons entendu économiser pour avoir ainsi plus de ressources disponibles pour venir en aide à nos amis chrétiens de Terre Sainte.

Notre réponse à la préparation de cette rencontre a été des plus édifiantes et j’espère que vous pourrez ainsi revenir dans vos Lieutenances enrichis d’un sens renouvelé de dévouement et des informations et de l’expérience personnelle nécessaires pour inspirer vos membres actuels et pour recruter de nouveaux Cavaliers et Dames dédiés à l’assistance aux descendants des chrétiens originaires de la terre sanctifiée par la présence de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ. Je vous remercie de votre attention et que Dieu bénisse nos réflexions et notre travail !

3. Discours de Fouad Twal, Patriarche, Grand Prieur

Eminences, Excellences, chers lieutenants et amis,

Je suis très heureux de me trouver parmi vous en ces jours de la tenue de la Consulta. C’est la première réunion de ce genre à laquelle j’assiste depuis mon intronisation aux fonctions de Patriarche Latin de Jérusalem. Je vous apporte l’affection et les vœux de la Terre Sainte et de la communauté du Patriarcat Latin de Jérusalem qui est, somme toute, la véritable raison d’être de l’Ordre Equestre du Saint Sépulcre. L’existence de cette communauté humble, ma inestimable est certainement l’Alpha et l’Omega de votre engagement, libre et conscient, ainsi que de votre solidarité précieuse et de vos généreuses contributions à la communauté chrétienne de Terre Sainte. Je considère cette réunion comme une opportunité pour un nouveau commencement où nous renouvelons nos engagements, où nous créons une vision qui répond aux besoins existants et, essentiellement, embrasse notre foi dans le Seigneur.

Au cours de cette Année Pauline, on nous rappelle les paroles que Notre Seigneur a adressé à Saül sur le chemin de Damas : « Je suis Jésus que vous êtres en train de persécuter ». C’était là une grande révélation de la signification du Corps du Christ, de comment le Christ est vraiment présent en ses croyants de Terre Sainte qui souffrent sous les persécutions auxquelles Saint Paul pris une part zélante.

Par Sa grâce, quand le Seigneur s’adresse à nous ici, à cette réunion, quelques soient les avertissements qu’Il puisse nous lancer, je reste convaincu que Ses mots seront bien différents de ceux que Saint Paul entendit. Pour vous, mes chers Lieutenants et amis, le Seigneur est ici présent parmi vous, parmi nous et il dit : « Je suis le Seigneur Jésus que vous aidez, que vous aimez en la personne des Chrétiens de Terre Sainte. » Et c’est par Lui et pour Lui, Rédempteur et Prince de la Paix, que vous êtes dotés de cette foi et de cette solidarité qui sont les vôtres.

Certes, seuls ceux qui aiment vraiment la Terre Sainte et le Patriarcat Latin de Jérusalem ont le droit et l’obligation morale d’adhérer à l’Ordre. Et c’est pourquoi quiconque n’aime pas la Terre Sainte n’est pas réellement habilité à se mettre au service de cette terre. L’amour, la volonté de servir et le désir de donner vont de pair. Quiconque n’a pas l’amour et n’a pas la volonté de servir et de donner, jusqu’au point d’accepter des sacrifices réels, ne mérite pas  sa place parmi nous. Encore une fois, nous rappelons joyeusement les mots de Saint Paul, l’Apôtre, adressés aux gentils, quand il dit au chapitre 13 de sa première lettre aux Corinthiens, « L’amour excuse tout, il croit tout, il espère tout, il endure tout. » Dans cet esprit, nous nous trouvons alors bien loin de la volonté de commander, de contrôler ou de nous mettre en avant.

C’est précisément cette dimension spirituelle, la dimension de la foi par laquelle nous reconnaissons la présence de notre Seigneur Jésus-Christ, que réside notre force même et, j’espère, c’est cet esprit qui nous guidera tout au long de cette réunion du Conseil Consultatif. Je me présente à vous aujourd’hui en remerciant Dieu pour toutes les bonnes choses que je trouve face à moi, parmi vous : votre foi, votre amour, votre sens de la solidarité et votre amitié. Oui, je suis vraiment plein de reconnaissance et d’appréciation, car ce sont ces choses, en particulier la foi et l’amitié, qui comptent tant pour moi.

Je suis reconnaissant du fait que, même face à d’immenses défis, notre clergé local et les laïcs sont devenus mûrs et compétents dans leur travail et qu’ils ont appris à assumer des rôles de confiance, de direction au sein de la communauté. C’est le fruit réel issu de l’engagement authentique et des sacrifices que notre Ordre a fait pour le Patriarcat. Nous oeuvrons ensemble et notre objectif demeure clair et suprême dès lors que nous restons fidèles à notre cause. Vous êtes venus de très loin, enrichis de ce lourd et noble travail qui est le vôtre, et vos efforts n’ont jamais cessé de s’étendre et de prospérer au cours des années passées et ainsi votre dur travail doit être reconnu.  C’est vraiment un point de départ tout à fait positif pour moi de commencer maintenant à relever les défis qui appellent une réponse.

En tant que neuvième Patriarche Latin de Jérusalem, je suis face à vous aujourd’hui pour réfléchir sur les faits advenus pendant plus de 150 ans, depuis que le Patriarcat a été rétabli. De nombreuses questions et des thèmes problématiques seront débattus au cours de ces jours prochains et ainsi j’espère que nous essayerons tous d’écouter la voix du Christ qui est présent parmi nous et que nous essayerons de découvrir ce qu’Il essaie de nous dire. Nous avons un grand nombre d’idées et de propositions de qualité, mais nous avons besoin de commencer par interroger et écouter et être fidèles à notre engagement. Et alors c’est animé de ce sentiment d’excitation et de fraîcheur que je m’adresse à vous aujourd’hui.

Le travail du Patriarcat Latin, en un mot, est d’encourager la croissance  de l’Eglise pour approfondir la foi et augmenter le nombre de fidèles. Tandis que parmi nos préoccupations majeures figure l’émigration des Chrétiens hors de la Terre Sainte, notre désir cependant, en premier lieu, n’est pas seulement d’essayer d’éliminer les difficultés qui les incitent à s’en aller, car nous n’avons pas le pouvoir de maîtriser un grand nombre de situations. Il s’agit plutôt de les aider à recevoir et à vivre leur mission de foi, revigorés par la solidarité dont ils font l’expérience à travers votre soutien. Si cette mission est adoptée, alors la question de l’émigration se fait moins urgente, car les sacrifices deviennent simplement une condition de communiquer le Christ et de vivre notre vocation en Terre Sainte.

La première question sur laquelle je voudrais attirer votre attention est le Fonds Institutionnel grâce auquel le Patriarcat Latin doit couvrir toutes les dépenses élémentaires relatives aux besoins institutionnels quotidiens. J’ai commencé par cette question car elle représente un sujet vital qui devrait être approfondi. Ce fonds est consacré à l’entretien de notre diocèse dans les trois Etats. Palestine, Israël et Jordanie, outre Chypre. Il vise à couvrir les traitements des prêtres et des sœurs, les frais médicaux et les besoins quotidiens, les salaires des employés « institutionnels » et les dépenses générées par la Maison du Patriarcat Latin ainsi que celles relatives aux deux Vicariats en Jordanie et en Israël. Nous sommes très reconnaissants à l’Ordre pour le soutien permanent qu’il nous a accordé chaque mois, mais je suis contraint de signaler que l’entité de ces fonds n’est jamais suffisante. Imaginez le Patriarcat comme une famille qui compte plus de 300 enfants et environ 150 bâtiments à entretenir et vous comprendrez alors l’énorme quantité d’argent nécessaire pour affronter ces frais.

Remarquez, je vous prie, que nous avons déjà demandé une augmentation des traitements du clergé, mais nous n’avons obtenu, jusqu’à ce jour, aucune réponse. Nous avons préparé un document qui propose un budget institutionnel différent pour les quatre années à venir. Je vous serais très reconnaissant si vous pouviez nous soutenir avec un fonds plus substantiel. C’est pourquoi j’ai préparé le budget de la Maison du Patriarcat Latin de Jérusalem comme sujet à part, dans le cas où il serait nécessaire d’en faire une entité séparée.

La deuxième question fondamentale dont je voudrais discuter est le travail d’Education qui est effectué dans nos écoles. Nos écoles continuent à représenter une expression cruciale de la mission de l’Eglise. Tout d’abord, je voudrais exprimer ma profonde gratitude pour l’envoi d’une réponse rapide et concrète à notre demande d’augmentation et de modification des traitements des professeurs. Je vous remercie du fond du cœur pour les immenses efforts que vous êtes en train d’accomplir dans ce domaine. Les écoles figurent parmi nos moyens principaux d’aider nos familles à former de nouvelles générations fidèles et capables, fières de leur foi et de leur héritage. Nous les éduquons à être capables de contribuer à la création d’une société où tous les peuples et toutes les minorités peuvent participer à la construction du bien commun. Nous donnons aux jeunes étudiants, musulmans et chrétiens, une possibilité de travailler et de grandir ensemble qui leur enseigne à avoir confiance dans les rapports susceptibles d’ouvrir des voies inattendues à l’avenir. Je voudrais insister sur le fait que toutes les vocations au sacerdoce émanent entièrement d’étudiants qui font nos écoles et donc ces écoles méritent notre attention et notre sacrifice sans réserves.

Notre défi particulier au cours de ces dernières années a été, et continue à être, d’aider ces écoles à se développer du point de vue pédagogique pour rester pertinentes dans des environnements sociaux en rapide évolution. Ainsi, à côté des enjeux relevant de l’entretien élémentaires dans des domaines où les versements au titre des frais de scolarité et d’inscription ne peuvent couvrir les dépenses courantes, il faut également élargir les programmes.  Nous avons donc élaboré un plan de 4 ans pour nos écoles dont l’objectif est de renforcer notre rôle en tant qu’éducateurs dans les trois régions, Jordanie, Palestine et Israël. Notre première priorité est de moderniser et de restaurer les bâtiments scolaires. C’est une nécessité urgente pour la Jordanie où nous possédons et administrons 22 écoles. Notre travail en Jordanie pour les 4 années à venir comprendra la modernisation et la reconstruction des installations, la restauration de bâtiments scolaires, la remise à jour des bibliothèques, la modernisation de laboratoires et du mobilier, ainsi que l’installation de nouvelles structures extérieures comme des terrains de jeux et des auditoriums à usages multiples.

Quant à nos écoles des territoires palestiniens, par suite du faible niveau de l’enseignement, nous projetons de canaliser nos investissements sur la formation des enseignants. La situation dans nos écoles, en Israël, est relativement bonne car nous recevons les subsides du Gouvernement israélien et ces jours-ci nous sommes en train de mettre au point tous nos systèmes scolaires afin de répondre aux conditions et aux critères internationaux. Voilà pourquoi nous envisageons de nous agrandir en construisant deux écoles de plus, une a Jaffa de Nazareth et l’autre a Rameh. Cependant, nous donnons la priorité à Jaffa de Nazareth à cause de la possession des 80% du terrain nécessaires et à une population de chrétiens relativement plus importante dans cette région.

Mon dernier souci est le séminaire,le cœur du Patriarcat, la source de nos prêtres et de l’avenir de notre Diocèse en Terre Sainte. Notre Séminaire reçoit de nombreuses vocations, surtout de la Jordanie, mais malheureusement nous sommes contraints d’en retarder certaines à cause du manque d’espace. Un autre fait malheureux quant au Séminaire sont les frais d’exploitation qui ne cessent d’augmenter et chaque année nous nous trouvons donc confrontés au piège du déficit. Cette partie indispensable du Patriarcat Latin contribue à éduquer, former et élever les prêtres afin qu’ils soient bien préparés et conscients de leur mission spirituelle et pastorale et puissent ainsi servir la communauté chrétienne. D’où l’attention particulière que nous accordons à ce domaine de notre mission. Je voudrais proposer l’adoption de ce Séminaire en tant qu’école et tenter de couvrir annuellement les dépenses globales.

Un autre aspect qui est directement lié à notre engagement à soutenir la mission des fidèles est l’Aide humanitaire, qui renforce la vie familiale et sociale de l’Eglise. Depuis la deuxième insurrection, le besoin croissant d’aidehumanitaire n’a cessé d’augmenter. Rien qu’avec votre aide dans ce seul domaine, des milliers de familles chrétiennes ont été assistées et leurs vies ont été facilitées. Et pourtant, la demande ne cesse d’augmenter.

Au cours de la dernière visite de Son Eminence le Cardinal Foley, le Grand Maître a rencontré la majorité de nos prêtres en Jordanie, en Palestine et en Israël. Au cours de ces rencontres s’est dégagée une nouvelle dimension du besoin pastoral qui comprend des camps d’été pour les jeunes, des rencontres et des activités régulières au cours de l’année, le catéchisme pour les chrétiens qui fréquentent les écoles du gouvernement, surtout en Jordanie. Son Eminence nous a demandé de préparer un document de réflexions concernant cette question ; nous l’avons élaboré et il vous sera présenté, assorti d’un budget.

 

Quelques propositions.

Nous recherchons des modalités de coopérer et d’augmenter l’excellent travail accompli par l’Ordre. Dans ce but nous envisageons quelques initiatives. Pouvons-nous ensemble discuter des questions suivantes??

- La création de nouvelles fondations et la recherche de nouvelles ressources

- l’Etablissement d’un fonds permanent pour couvrir les situations éventuelles et occasionnelles, surtout des fonds de dotation ;

- L’éventualité d’un fonds d’investissement géré par LPJ et le Grand Magistère, ou par les Cavaliers experts dont nous disposons. Un grand nombre d’entre vous sont des hommes d’affaires très qualifiés.

- L’établissement d’une Lieutenance en Terre Sainte (Jordanie, Palestine et Israël). Nous avons déjà 12 Cavaliers et Dames très dévoués et nous pourrons en avoir davantage, toujours dans le cadre d’une coordination absolue avec le Grand Magistère.

        

       Je vous remercie de votre attention. Dieu vous bénisse et vous récompense, vous et vos familles.

       +  Fouad Twal, Patriarche, Grand Prieur

4. Discours de Mgr Ravasi, Président du Conseil Pontifical de la Culture

LA SPIRITUALITÉ DE L’ORDRE ÉQUESTRE DU SAINT SÉPULCRE

 

La réflexion que nous allons proposer à présent aura comme thème principal la spiritualité de l’Ordre Equestre du Saint Sépulcre. S’agissant d’un sujet d’ordre général, nous tenterons, dans la mesure du possible et dans un style sobre et linéaire, de recourir à trois symboles fondamentaux, bien visibles au sein de la tradition ecclésiale et explicitement mentionnés dans les Statuts de l’Ordre.

Les trois pierres de Jérusalem

Commençons par le premier symbole, fondamental, celui du Saint Sépulcre. Il implique le signe matériel de la pierre ; signe qui, d’ailleurs, à Jérusalem, unit les trois religions monothéistes. Là, en effet, le monde hébreu a comme signe idéal les pierres du Mur occidental, le Mur du Temple de Sion. Souvenir de la grande tradition de foi en la présence de Dieu dans l’espace et dans l’histoire d’Israël. Même s’il ne reste que quelques ruines du Temple, le symbole de la pierre demeure cependant fondamental et, encore aujourd’hui, les Juifs prient devant le Mur, populairement connu sous le nom de Mur des lamentations - kotel en langue hébraïque – car ils le considèrent comme leur source spirituelle.

La deuxième pierre, fondamentale cette fois pour le christianisme, est précisément la pierre renversée du Saint Sépulcre, pour nous signe symbolique d’une réalité transcendente, autrement dit la vie permanente du Christ, de sa résurrection. Le Saint Sépulcre, en tant que sépulcre ouvert, constitue le cœur de notre credo et d’une dimension d’espérance de laquelle la foi chrétienne est, en elle-même, gardienne. Et ce sépulcre – comme le disent fort bien les Eglises d’Orient – est en effet le signe de l’anástasis, de la résurrection. Ce n’est pas un tombeau de mort, ce n’est pas un sceau définitif, mais le sceau d’une existence. Il représente un commencement, celui de la grande épiphanie du salut. Ce n’est pas par hasard que les Arabes eux-mêmes donnent au Saint Sépulcre le nom de Qijama qui signifie se lever, s’ériger vers le haut et donc vers le ciel.

La troisièmes pierre, comme le savent fort bien tous les pèlerins, est celle proche de la « Coupole de la roche ». Qubbet as-Sakhra en arabe. C’est ladite Mosquée d’Omar – même si cette définition est erronée – qui, sous la splendeur de son architecture, a en son centre la roche, d’une part, du sacrifice idéal d’Abraham, le Mont Moria et, d’autre part, la roche de l’ascension au ciel du prophète Mahomet. Elle constitue donc, elle aussi, un signe d’espérance pour l’Islam.

Ainsi, à Jérusalem, nous avons trois pierres qui représentent un fondement symbolique des trois grandes religions monothéistes qui, dans cette ville sainte, peuvent élire leur lieu de rencontre idéal. Malheureusement, comme souvent nous le constatons encore aujourd’hui, au cours de l’histoire la ville sainte est devenue un lieu d’affrontement, un endroit d’opposition, tandis que de par sa nature même elle devrait être l’assise où les trois religions retrouvent continuellement leurs racines et leur substance. A ce propos - précisément pour soutenir l’engagement que l’Ordre du Saint Sépulcre consacre à la protection de ces pierres et à la sauvegarde des lieux saints - je voudrais rappeler deux témoignages bibliques qui pourraient servir idéalement d’épigraphe et de devise également aux activités des Frères dans le dévouement qu’ils prodiguent pour la sauvegarde des monuments et des souvenirs, surtout chrétiens, de la Terre Sainte.

La première est une expression du Psaume 102, verset 15, quand le Psalmiste proclame : « Tes serviteurs tiennent aux pierres de Sion ». En hébreu, il existe le verbe ratsû, qui signifie « éprouver du plaisir, de l’amour ». Quand une personne en aime une autre, elle ne l’aime pas seulement spirituellement, mais aussi viscéralement, voire matériellement. Cette dimension de l’éros, dans l’amour authentique, est une composante enchevêtrée, sanctifiée et bénie. Prenons par exemple le Cantique des Cantiques. Là, éros et amour s’entremêlent et se fondent harmonieusement d’une manière parfaite. Le Psalmiste, au fond, dit : nous autres juifs nous avons pour ces pierres – les pierres de Sion, souvenir de notre histoire – un amour quasi nuptial, un amour complet, achevé et non seulement métaphorique. Et ce sentiment peut et doit être partagé également par les chrétiens.

Et à ce point, je tiens à rappeler également ces paroles de Jésus qui, peut-être, ne sont pas souvent citées. Dans le récit de l’entrée du Christ à Jérusalem, selon l’Evangile de Luc au chapitre 19, les verset 38-40 rappellent que tous les disciples de Jésus chantent : « Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux ». Mais les scribes et les pharisiens disent à Jésus : « Maître, reprends tes disciples ! Parce qu’ils dérangent, parce que leurs cris sont dérangeants ». Ce chant, en effet, était surtout une exaltation messianique du Christ qu’ils ne pouvaient accueillir. Eh bien, voilà la réponse de Jésus : « Si eux se taisent, ce sont les pierres qui crieront ». Nous qui aimons la Terre Sainte, nous qui l’avons visitée un nombre infini de fois, nous sommes capables de comprendre pleinement la signification de cette expression « les pierres crient », les pierres parlent. Voilà pourquoi le pèlerins qui se rend en visite au Saint Sépulcre ou à l’un des nombreux lieux qui conservent des souvenirs bibliques ou chrétiens, trouvent un message « gravé » : celui des pierres vives justement, qui évoquent une histoire humaine et salvifique, non pas des vestiges archéologiques morts et destinés désormais à ne représenter qu’un passé éteint et lointain.

Voilà, alors, le premier engagement important : faire en sorte que, grâce à l’apport de l’Ordre, par la voix des Franciscains et de tous les guides, de tous les visiteurs et de tous les pèlerins, ces pierres puissent continuer toujours à crier, à parler, à dire, à raconter notre histoire de foi, notre expérience profonde liée à une religion qui est historique et incarnée. Le christianisme, en effet, n’est pas une religion qui incite à abandonner la réalité pour s’envoler vers des cieux mythiques et mystiques, mais c’est une religion de la terre – j’oserais dire qui a les pieds sur terre – une religion de la chair, de l’histoire. Les pierres en sont le signe et le symbole « éloquent », dans l’acception étroite du terme.

Le signe du pèlerinage

La deuxième image que je voudrais proposer, en la puisant dans le Statut de l’Ordre, est le pèlerinage, thème à reproposer tant d’un point de vue matériel que, surtout, d’un point de vue spirituel. Un bel aphorisme arabe distingue trois types de voyageurs. Ceux qui voyagent uniquement avec les pieds : ce sont les marchands qui ne s’intéressent qu’au lieu, quel qu’il soit, mais non pas à son histoire. S’ils vont à Paris, les marchands n’y vont pas pour.visiter le musée du Louvre mais uniquement pour faire de bonnes affaires. Les marchands voyagent seulement matériellement, avec les pieds en somme ! Le proverbe poursuit et évoque ceux qui voyagent avec les yeux : ce sont les érudits qui aiment les voyages culturels, ce sont les touristes plus nobles et non pas de bas aloi. Ils voyagent à la recherche de la beauté des autres pays, des diverses cultures, des lieux qu’ils ignorent encore.

Le proverbe arabe poursuit encore en rappelant qu’il y a aussi cependant ceux qui voyagent avec le cœur : les pèlerins. Certes, ces derniers doivent se mouvoir également avec les pieds, ils ont besoin d’assistance, d’avoir des yeux pour regarder, pour connaître l’histoire, mais ils se rendent avant tout dans un lieu saint, avec leur cœur et pour convertir leur cœur. Et c’est là la différence fondamentale qui les distingue de tous les autres voyageurs du monde. Voilà donc l’importance du pèlerinage, qui peut être accompli non pas nécessairement géographiquement dès lors qu’il existe des pèlerinages qui peuvent se faire aussi intérieurement.

Si nous étudions attentivement la Bible, nous nous apercevons que toute la Parole de Dieu est sans cesse scandée par un voyage, par un pèlerin. Il suffit de penser à Abraham qui, sans avoir de but, se met en chemin vers l’inconnu avec la seule garantie de la Parole de Dieu, ce Dieu qui l’a appelé. Son pèlerinage est un pèlerinage d’engagement qui devient itinéraire de vie. Au début, il y a cet appel : « Abraham, sort de ton pays » (Genèse 12,1). Et Abraham part sans faire d’objections, à tel point que certains savants affirment que la vocation d’Abraham est fondée sur un modèle militaire : on donne un ordre et il est exécuté. Mais Abraham est conscient du fait que la grâce de Dieu le guidera, l’inconnu n’existe pas, ni le risque, là où Dieu est présent.

Mais pensons à un autre grand pèlerinage biblique, celui de l’Exode du peuple d’Israël. C’est là un itinéraire grandiose, de toute une nation, à travers les espaces admirables et mystérieux du désert, entre le silence et la solitude. Au cours des jours passés au cœur d’un désert, on comprend la richesse de ce lieu, aride, vide et toujours égal aux yeux d’un observateur superficiel. Mais la réalité est bien différente pour celui qui a des yeux plus attentifs. La voix du vent dans le désert est déjà quelque chose de différent par rapport à ce que nous éprouvons dans nos villes. Dans le désert, on découvre vraiment – et Israël en fera l’expérience – ce que signifie l’essentiel devant les mille superstructures, souvent inutiles et nocives, de la société sédentaire, les grandes villes du consumeurisme. Dans le désert, on ne pense qu’à l’eau et à la nourriture indispensable. Tout le reste est secondaire. Ainsi, Israël dans le désert est tenté : la force du mal le décourage, le conduit au désespoir.

Mais dans ce même désert règne également l’intimité mystique. C’est dans le Sinaï que la Parole de Dieu descend de la montagne. C’est pourquoi le prophète Osea, qui rêve de reconstruire l’amour avec sa femme qui l’a quitté, souhaite célébrer de nouveau leurs fiançailles et leur lune de miel précisément dans le désert. « Là je te le parlerai – dit le texte hébreu – sur le cœur », c’est-à-dire enlacés dans la solitude et dans le silence. Alors le désert devient une parabole qui nous rappelle la nécessité d’une halte dans l’oasis et donc dans le silence. Pascal disait que la plupart des malheurs de son époque (et à plus forte raison de la nôtre) provenait du fait de notre incapacité de rester seuls en silence, une heure dans notre chambre. Aujourd’hui, cinq minutes de silence et de réflexion suffiraient. C’est donc là la valeur et l’éloquence du désert pour notre époque.

Il faut, en outre, rappeler un autre pèlerinage que la Bible nous indique : le pèlerinage strictement spirituel, c’est-à-dire le pèlerinage à Sion. Comme on le sait, les Saintes Ecritures contiennent dans le Psautier les quinze Psaumes des « chants des montées » (Psaumes 120-134). Il s’agit du livre du pèlerin idéal qui monte au Temple, en accomplissant justement une ascension parce que, on le sait, Jérusalem est située à 800 mètres. Cependant, il ne s’agit pas seulement d’une montée matérielle, mais au contraire spirituelle. En effet, quand on arrive au temple, on entre en communion avec Dieu. Voilà pourquoi le temple est appelé ’ohel mo‘ed, qui, en hébreu, signifie « tente de la rencontre », « tente de la réunion », parce que les Juifs au temple de Sion se rencontrent entre eux mais ils rencontrent également leur Seigneur qui dit : « Mon nom est là ». Et dans le monde biblique, le « nom » est la personne elle-même. Dieu, éternel et infini, se comprime, il va jusqu’à s’abréger, à s’emprisonner au sein de notre réalité qui est l’espace limité où cependant il rencontre son fidèle.

Voilà pourquoi le moment de la communion, de la mystique du temple est important Au moment liturgique, en particulier quand est en cours le pèlerinage à Sion, Israël sent toute son intimité avec le Seigneur et représente cette expérience par des images primordiales et radicales comme celle de la soif. « J’ai soif de Dieu, du Dieu vivant : quand pourrai-je entrer et paraître face à Dieu ? » (Psaume 42, 3). Entre autres, curieusement, en hébreu un seul mot nefesh indique à la fois la « gorge » et « l’âme ». Il s’agit donc d’une soif physique qui devient emblème de la soif intérieure, en unité totale entre le corps et l’esprit : ma gorge a soif de toi, oh Dieu, et c’est mon âme, tout mon être, et mon corps lui aussi qui a besoin de toi.

Puis apparaît, comme dans le Psaume 84, le thème de la nostalgie du pèlerin qui doit rentrer chez lui après avoir été à Sion. A ses yeux – dit le Psalmiste – les plus chanceux sont les moineaux qui ayant leurs nids sous les toits du Temple peuvent être toujours avec le Seigneur. Il s’agit donc d’une véritable intimité : le but du pèlerinage à Sion est la communion profonde, totale, amoureuse et joyeuse avec son propre Dieu. D’ailleurs, le point culminant de la Bible toute entière est la Jérusalem céleste, située au-delà du temps et de l’espace. Notre pèlerinage, en d’autres termes celui de la vie, a donc un but transcendent, notre espoir est l’aube de Pâques, la gloire de la communion avec Dieu au-delà de la frontière de la mort. Le grand poète Rilke disait que la mort est l’autre face de la vie par rapport à la face tournée vers nous. Nous voyons avec la mort que de l’autre côté il y a une autre vie, avec un profil et un visage que nous, maintenant et ici, ne voyons pas mais qui nous seront montrés au terme de notre pèlerinage.

Il est significatif de rappeler les paroles extraites d’un livre célèbre. C’est l’œuvre d’un pèlerin russe qui raconte la vie chrétienne à la lumière d’un pèlerinage. Le livre commence par des mots qui pourraient nous présenter, en quelque sorte, également le portrait du Chevalier de l’Ordre du Saint Sépulcre : « Par la grâce de Dieu, je suis homme et chrétien, par mes actions je suis un grand pêcheur, par ma condition je suis un pèlerins sans toit, d’une espèce humble, qui va dans l’errance, en cheminant de lieu en lieu, avec seulement un peu de pain et la Bible sous sa tunique ». Un chrétien, donc, avec la grâce, mais également avec son péché ; il est surtout en route vers le but ultime eschatologique. Dans notre société, on voyage beaucoup et pourtant, paradoxalement, on se sent souvent stable, seul, statique, las, insatisfait, comme si rien n’avait été visité, vu, connu. La raison réside dans le fait qu’aujourd’hui on ne va plus en pèlerinage à la recherche d’objectifs nobles et éternels. Célèbre est la phrase que Platon mettait dans la bouche de Socrate : « Une vie sans recherche ne mérite pas d’être vécue. »

La croix du Christ, symbole suprême

Nous concluons sur une dernière image, qui est le signe suprême de la spiritualité de l’Ordre du Saint Sépulcre : le symbole de la croix, centre de la foi chrétienne, et, comme nous le rappelle l’évangéliste Jean, trône de la gloire du Christ. A travers la croix, on peut rappeler deux éléments. Avant tout, la croix a été plantée en Terre Sainte et en Terre Sainte elle est gardée précisément par les Franciscains, par tous les chrétiens, là présents, et qui malheureusement représentent désormais un groupe toujours plus exigu. J’ai été en Terre Sainte la première fois en 1965, il y a plus de quarante ans, et j’y suis revenu très souvent. Pendant cette longue période, j’ai vu s’amenuiser inexorablement la communauté chrétienne. Les signes chrétiens demeurent encore mais ils semblent, je n’irai pas jusqu’à dire étrangers, mais souvent menacés par de nouvelles constructions, de nouvelles villes, un nouveau style de vie, quelque peu privés de cette force et de ce caractère incisif qui les distinguaient dans le passé.

Dans les Statuts de l’Ordre, il est écrit qu’il faut soutenir et aider les œuvres et les institutions culturelles, caritatives et sociales, ainsi que l’Eglise catholique en Terre Sainte. C’est là une façon de faire en sorte que la croix du Christ continue à briller, que la croix de nos frères et sœurs chrétiens qui vivent dans les difficultés et les souffrances, puisse continuer à être en Terre Sainte la croix de la vie et non seulement celle des monuments, des églises, de la liturgie, de la culture chrétienne. En effet, les problèmes politiques et sociaux, si complexes et bien connus actuellement – comme déjà dans le passé – rendent les pierres de la Terre Sainte, si chères et tant aimées, toujours striées de sang.

Le deuxième et dernier élément que je voudrais rappeler est la croix du Christ comme signe symbolique de la souffrance de toute l’humanité. Voilà pourquoi je pense qu’en aimant la Croix du Christ, les Chevaliers devraient toujours être sensibles aux souffrances de tous les peuples présents en Terre Sainte, y compris ceux qui appartiennent au peuple palestinien musulman (pensons à la situation dramatique de Gaza). Tous indistinctement : victimes du terrorismes ou autre, peuples qui causent des souffrances à d’autres peuples et en même temps en font l’expérience personnellement. La croix du Christ est donc le grand signe de l’espoir au-delà de la douleur, et être capables de semer l’espérance dans la douleur de tous les peuples est un grand geste d’amour. En effet, Saint Paul nous rappelle qu’avec le christianisme « il n’y a plus ni juif ni grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme, car tous, vous n’êtes qu’un en Jésus Christ » (Galates 3, 28). La croix du Christ attire à elle – « Pour moi quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes », dit le Seigneur dans l’Evangile de Jean (12, 32) –  et il attire également toute la douleur de l’humanité. Les Chevaliers du Saint Sépulcre courent de par les routes du monde pour porter une parole d’amour et, en même temps, une parole d’espérance et de consolation.

+Gianfranco Président du Conseil Pontifical de la Culture     

 

5. « Dialogue interreligieux – un risque ou une opportunité ? »

Cardinal Jean-Louis Tauran

 

Nous évoluons dans des sociétés multiculturelles et multi-religieuses. Cette affirmation revient à déclarer l’évidence. Il n’existe pas de sociétés religieusement homogènes. En Europe, dès l’école maternelle et par la suite, les jeunes enfants côtoient des camarades provenant de toutes les origines et d’affiliations religieuses différentes. Rien de surprenant à cela si l’on pense à ce que Paul Tillich a écrit : « La religion est la substance de la culture » (inThéologie de la culture, éd. Placet 1978 p. 92 ; [Theology of Culture, 1959].

L’histoire ne connaît aucune culture non religieuse !

Cependant, en Europe, depuis le dix-huitième siècle, une conviction s’est fait jour selon laquelle la foi est incompatible avec la raison. Pour autant qu’il fût croyant, Descartes devait appliquer son doute méthodique à des questions relevant de la foi. Ce courant de pensée devait générer la philosophie de l’Illuminisme : la raison a accès à la vérité de par elle-même. Les critères moraux naturels, la tolérance, le déisme, voire, pour certains, l’athéisme ont conduit à la croyance que l’homme est autosuffisant. Après les progrès considérable des sciences (Newton est mort en 1727), l’essor des voyages (et des missions) ainsi que les crises sociales non résolues, il semblait à la plupart que la chrétienté, avec ses dogmes et son enseignement moral, ne servait pas le progrès. Toutes les personnes étaient ainsi considérées comme appartenant à une humanité commune et douées de raison et elles ont aisément découvert qu’il existe une religion naturelle, sans dogme et sans fanatisme. L’individu se suffisait à lui-même. Il n’y avait pas besoin de se tourner vers la religion pour expliquer l’origine de l’homme ni attendre un bonheur dans l’au-delà. Ainsi l’homme est placé au centre du monde et le surnaturel est éliminé. Au niveau des idées, cette vision des choses devait conduire au Scientisme (tout ce que la raison humaine ne justifie pas n’existe pas) et au niveau des réalisations, à la Révolution française (pour organiser la société sans Dieu), pour culminer au vingtième siècle sur des formes de totalitarisme (marxisme-léninisme et les idéologies nazies).

 

Il est évident que l’Eglise a contesté cette vision des choses et a affirmé qu’exclure le religieux de la raison signifiait amputer l’homme, créé à l’image de Dieu. Le Pape Jean-Paul II dans son Encyclique Fides et Ratio (la Foi et la Raison) l’a fort bien exprimé : « En Dieu réside l’origine de toute chose, en Lui se trouve la plénitude du mystère et cela constitue sa gloire, à l’homme revient le devoir de rechercher la Vérité par sa raison et en cela consiste sa noblesse » (n° 17).

Mais ce Dieu que nous avons banni dans le passé est en train de réapparaître dans les discours publics d’aujourd’hui. De nouveaux rayons sont surchargés de livres et de magasines sur des sujets religieux, sur l’ésotérisme et les nouvelles religions. On a beaucoup parlé de « The reveng of God » (Gilles Képel). Aujourd’hui, on ne peut pas comprendre le monde sans les religions. Et ceci – et c’est là en vérité le grand paradoxe de la situation actuelle – est dû au fait qu’elles sont vues comme un danger : le fanatisme, le fondamentalisme et le terrorisme ont été, et sont encore, associés à une forme pervertie de l’islam. Il ne s’agit pas naturellement d’un islam authentique, pratiqué par la majorité des adeptes de cette religion. Encore aujourd’hui, c’est un fait que les gens tuent au nom de motivations religieuses (l’assassinat de l’Archevêque chaldéen de Mosoul). J’ai lu que 123 chrétiens ont trouvé la mort en 2007 en Iraq, en Inde et au Nigeria parce qu’ils étaient chrétiens. La raison en est que les religions sont capables du meilleur et du pire : elles peuvent servir la sainteté ou l’aliénation. Elles peuvent prêcher la paix ou la guerre. Cependant, il est toujours nécessaire d’expliquer que ce ne sont pas les religions elles-mêmes qui font la guerre, mais plutôt leurs adeptes ! D’où la nécessité, encore une fois, de conjuguer la foi à la raison. Car agir contre la raison est en fait agir contre Dieu, comme le Pape Benoît XVI l’a dit à l’Université de Regensburg le 12 septembre 2006 :

 

« Au commencement était le Logos […] Logos signifie à la fois raison et verbe – une raison qui est créative et capable d’auto communication, précisément comme la raison. […] Une raison qui est sourde au divin et qui relègue la religion dans le royaume des sous-cultures est incapable de participer au dialogue des cultures ».

Ainsi nous vivons dans un monde où, à cause d’une précarité matérielle et humaine, des dangers de la guerre et des risques liés à  l’environnement, face à l’échec des grand systèmes politiques du siècle dernier, les hommes et les femmes de cette génération s’interrogent encore une fois sur les questions essentielles du sens de la vie et de la mort, du sens de l’histoire et des conséquences que des découvertes scientifiques stupéfiantes pourraient apporter lors de leur avènement. On a oublié que l’être humain est la seule créature qui pose des questions et s’interroge lui-même. Il est remarquable que Nostra Aetate, la Déclaration sur le Rapport de l’Eglise avec les Religions non chrétiennes du Concile Vatican II, souligne cet aspect des choses dans son introduction: “Les hommes attendent des diverses religions la réponse aux énigmes cachées de la condition humaine qui, hier comme aujourd’hui, troublent profondément le cœur humain.

Qu’est-ce que l’homme ? Quel est le sens et le but de la vie ? Qu’est- ce que le bien et qu’est-ce que le péché? Quelles sont l’origine et le but de la souffrance ? Quelle est la voie pour parvenir au vrai bonheur ? » (n° 1).

Ainsi nous sommes tous condamnés au dialogue. Qu’est-ce que le dialogue? C’est la recherche d’une compréhension mutuelle entre deux individus qui entendent parvenir à une interprétation commune de leur accord ou de leur désaccord. Il implique un langage commun, l’honnêteté dans la présentation de sa propre position et le désir de s’efforcer de comprendre le point de vue de l’autre.

Ces présupposés, appliqués au dialogue interreligieux, facilitent la compréhension du fait que, dans un contexte de religion, il ne s’agit pas d’être « gentil » envers les autres pour leur faire plaisir ! Et il ne s’agit pas non plus d’une question de négociation : je trouve la solution aux problèmes et l’incident est clos. Dans le dialogue interreligieux, il s’agit de prendre un risque, non pas d’accepter de renoncer à mes propres convictions, mais de me laisser remettre en question par les convictions d’un autre en acceptant de prendre en considération des arguments différents des miens ou de ceux de ma communauté. Toutes les religions, chacune en son genre, s’efforcent de répondre aux énigmes de la condition humaine. Chaque religion a sa propre identité mais cette identité me permet de prendre en considération la religion de l’autre. C’est de là qu’est né le dialogue. L’identité, l’altérité et le dialogue vont de pair.

Ma foi chrétienne proclame que « le Verbe était la vraie lumière qui, en venant dans le monde, illumine tout homme » (Jean 1 :9). Ceci signifie que chez tout être humain brille la lumière du Christ. Par suite, tout ce qu’il y a de positif dans les religions n’est pas sans ombres. Tout ce qui est positif participe à la grande Lumière qui brille sur toutes les lumières. On comprend mieux alors le préambule de Nostra Aetate et le document « Dialogue et Proclamation » : tout ce qui est vrai et sain dans chaque religion est accepté, renforcé et conduit à l’achèvement en Jésus-Christ. C’est la logique de l’incarnation : le Logos assume, purifie et glorifie la nature humaine ! Mais attention : nous ne disons pas « toutes les religions ont la même valeur ». Nous disons « Tous ceux qui sont à la recherche de Dieu ont une égale dignité » !

Il est toujours nécessaire de revenir à Nostra Aetate, particulièrement aux paragraphes 2 et 3 : « L’Eglise catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et sain dans ces religions. Elle considère avec un respect sincère ces manières d’agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoiqu’elles diffèrent en beaucoup de points de ce qu’elle-même tient et propose, cependant apportent souvent un rayon de la  Vérité qui illumine tous les hommes. Toutefois, elle annonce, et elle est tenue d’annoncer sans cesse, le Christ qui est « la voie, la vérité et la vie » (Jean 1 :6). Tout vient de Dieu qui nous a réconciliés en Lui par le Christ (II Cor 5:18-19), en Lui les hommes ont trouvé la plénitude de leur vie religieuse » (n° 2). Et il est nécessaire de mentionner les rapports spéciaux qui unissent les chrétiens et les musulmans qui « adorent Dieu qui est un, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant … qui a aussi parlé aux homme » (n° 3), ainsi qu’aux liens existant avec les Juifs, desquels « l’Eglise … a reçu la révélation de l’Ancien Testament » et à la race desquels, « selon la chaire » le Christ et les Apôtres appartenaient (cf. n° 4).

Alors, on comprend mieux, comme l’Encyclique Redemptoris Missio (7 décembre 1990) l’énonçait, que le dialogue interreligieux « ne naît pas de soucis tactiques ou d’intérêts égoïstes », mais qu’il « est exigé par le profond respect de tout ce qui a été insufflé chez les êtres humains par l’Esprit qui souffle où Il le veut ». ainsi, à travers le dialogue, l’Eglise tente de découvrir les « semences du Verbe », un « rayon de cette vérité qui illumine tous les hommes » et qu l’on peut trouver chez les individus et dans les traditions religieuses de l’humanité ». Par suite, « les religions représentent un défi positif pour l’Eglise : elles la stimulent à la fois à découvrir et à reconnaître les signes de la présence du Christ et de l’œuvre de l’Esprit, à examiner aussi plus profondément sa propre identité et à témoigner de la plénitude de la Révélation, qu’elle a reçue pour le bien de tous » (n°  56, passim).

On peut dire que depuis la fin du Concile Vatican II jusqu’à aujourd’hui, les catholiques sont passés de la tolérance à la rencontre, pour arriver au dialogue :

-- dialogue de la vie : des relations de bon voisinage avec les non chrétiens qui encouragent le partage des joies et des difficultés ;

-- dialogue des activités : collaboration en vue du bien-être de deux groupes, surtout des personnes qui vivent seules dans la pauvreté ou la maladie ;

-- dialogue d’échanges théologiques qui permet aux experts de comprendre en profondeur les héritages religieux respectifs ;

-- dialogue de spiritualités qui rend disponibles les richesses de la vie de la prière de deux vers tous, dans les deux groups ; le dialogue interreligieux mobilise donc tous ceux qui sont sur leur chemin vers Dieu ou vers l’Absolu.

Les croyants qui entretiennent ce type de dialogue ne passent pas inaperçus. Ils sont un bien de la société. Dès lors que les citoyens qui adhèrent à la religion sont la majorité, il existe un « fait religieux » qui est essentiel car toutes les fois religieuses sont pratiquées dans le cœur d’une communauté les « confessions » ! Par leur nombre, par la longueur de leurs traditions, par la visibilité de leurs institutions et de leurs rites, les croyants sont présents et peuvent être identifiés. Ils sont appréciés ou ils sont contestés, mais ils ne laissent jamais personne indifférent, ce qui amène leurs dirigeants à vivre avec d’autres communautés de croyants sans perdre leur identité pour autant et de se rencontrer sans antagonisme. Les autorités civiles doivent seulement prendre note du fait religieux, veiller afin de garantir le respect effectif de la liberté de conscience et de religion et n’intervenir que si cette liberté lèse la liberté des non croyants ou perturbe l’ordre public et la santé.

Mais, fait très positif, il en va toujours de l’intérêt des dirigeants des sociétés d’encourager le dialogue interreligieux et de miser sur l’héritage spirituel et moral des religions pour affirmer un certain nombre de valeurs susceptibles de contribuer à l’harmonie mentale, aux rencontres entre les cultures et à la consolidation du bien commun. En outre, toutes les religions, de diverse façon, incitent leurs fidèles à collaborer avec tous ceux qui s’efforcent :

-- d’assurer le respect de la dignité de la personne humaine et ses droits fondamentaux ;

-- de développer un sens de fraternité et d’entraide;

-- de tirer l’inspiration du savoir-faire de communautés de croyants qui, au moins une fois par semaine, réunissent des millions de gens fort différents dans le contexte de leur adoration, en communion spirituelle authentique ;

-- d’aider les hommes et les femmes d’aujourd’hui à éviter d’être esclaves de la mode, de la consommation et du seul profit.

Pour conclure, donc, à la question : « Le dialogue interreligieux : un risque ou une opportunité » ?

Je réponds, il est les deux choses !

S’il en est ainsi, vous seriez en droit de me demander : « Mais alors, pourquoi ces religions font-elles si peur ? »

Je réponds que nous ne devrions pas craindre les religions : généralement elles prêchent la fraternité ! C’est de leurs adeptes que nous devrions avoir peur. Ce sont eux qui peuvent pervertir la religion en la mettant au service de dessins mauvais. Le fanatisme religieux, par exemple est une perversion de la religion dès lors qu’il est la justification du terrorisme au nom de valeurs religieuses. Les chefs religieux doivent avoir le courage de condamner et d’extirper ces « tumeurs ».

Malheureusement, cependant, d’autres facteurs contribuent à encourager la peur des religions :

-- le fait que nous ignorons très souvent le contenu d’autres religions ;

-- le fait que nous n’avons pas rencontré les croyants d’autres religions ;

-- notre réticence à nous confronter avec d’autres croyants pour la simple raison que nous n’avons pas les idées très claires quant à notre propre religion !

-- et puis, certes, les actes de violence ou de terrorisme perpétrés au nom d’une religion.

Et en outre, les difficultés rencontrées dans la pratique de leur foi par des croyants qui appartiennent à des groupes minoritaires dans des pays où une religion majoritaire jouit d’un statut privilégié à cause de l’histoire ou de la loi.

Afin de remédier à cette situation il est indispensable :

-- d’avoir une identité spirituelle bien définie: savoir en qui et en quoi l’on croit ;

-- de considérer l’autre non pas comme un rival, mais comme quelqu’un en quête de Dieu ;

-- d’accepter de parler de ce qui nous sépare et des valeurs qui nous unissent.

Prenons le cas de l’islam. Ce qui nous sépare ne peut être camouflé :

-- le rapport avec nos Ecritures respectives : pour un musulman, le Coran est un « diktat surnaturel » rappelé par le prophète de l’islam, tandis que pour un chrétien, la Révélation n’est pas un livre, mais une personne ;

-- la Personne de Jésus, que les musulmans considèrent uniquement comme un prophète exceptionnel ;

-- le dogme de la Trinité qui conduit les musulmans à dire que nous sommes polythéistes.

Mais il y a également des réalités qui nous voient unis et parfois même en collaboration pour la diffusion de la même cause :

-- la foi dans l’unicité de Dieu, l’Auteur de la vie et du monde matériel ;

-- le caractère sacré de la personne humaine qui a permis, par exemple, la collaboration du Saint-Siège et des Pays musulmans avec l’Organisation des Nations Unies pour bloquer les résolutions qui risquent de porter préjudice aux familles ;

-- veiller à éviter que les symboles considérés comme « sacrés » ne soient l’objet de la dérision publique.

Je voudrais indiquer également certains domaines concrets de la vie où les chrétiens et les musulmans, ensemble, peuvent contribuer efficacement au bien commun de la société :

-- Tout d’abord, témoigner d’une vie de prières, à la fois individuelle et communautaire, en rappelant que « l’homme ne vit pas de seul pain ». Dans notre monde d’aujourd’hui, il est impératif d’insister sur la nécessité d’une vie intérieure et de le démontrer.

-- Deuxièmement, les chrétiens et les musulmans, fidèles à leurs engagements spirituels peuvent aider à mieux comprendre que la liberté de religion signifie beaucoup plus qu’avoir une église ou une mosquée à leur disposition (c’est évident et c’est le minimum que vous pouvez demander), mais c’est aussi avoir la possibilité de participer au dialogue public au travers de la culture (des écoles, des université) et aussi des responsabilité politiques et sociales au sein desquelles les croyants doivent représenter des modèles ;

-- Les chrétiens et les musulmans ensemble ne doivent pas hésiter à défendre la sacralité de la vie humaine et la dignité de la famille, comme ils l’ont fait dans le cadre des récentes réunions organisées par l’Organisation des Nations Unies ;

-- Ils ne devraient pas s’abstenir d’unir leurs efforts pour combattre  l’analphabétisme et la maladie ;

-- Ils ont la responsabilité commune de pourvoir à la formation morale des jeunes ;

-- Enfin, ils doivent être des promoteurs de paix et enseigner la pédagogie de la paix au sein de la famille, de l’église et de la mosquée, à l’école et à l’université.

Dans la “Lettre Ouverte” des 138 dirigeants musulmans adressée aux dirigeants religieux chrétiens, il est à juste titre souligné que les chrétiens et les musulmans représentent 55% de la population mondiale et que par suite s’ils sont fidèles à leur propre religion, ils peuvent faire beaucoup, ils peuvent œuvrer pour le bien commun, pour la paix et l’harmonie dans la société dont ils sont membres.

Un tel contexte est favorable pour aborder des « sujets » anciens et épineux : la question des droits de la personne humaine, le principe de la liberté de conscience et de religion, la réciprocité à l’égard des lieux de culte.

Enfin, ce qui génère la peur est avant tout un manque de connaissance de l’autre. Il est nécessaire pour nous de commencer par nous familiariser les uns avec les autres afin de nous aimer les uns les autres ! c’est là la volonté de Dieu. Comme le Pape Benoît XVI l’a dit en Turquie, « nous sommes appelés à travailler ensemble afin d’aider ainsi la société à s’ouvrir au transcendent en accordant à Dieu Tout-puissant, sa juste place … » (Réunion avec le Président du Directoire des Affaires religieuses, Salle de Conférence de « Diyanet », Ankara, 28 novembre 2006).

Enfin, je dirais que les chrétiens et les musulmans sont les hérauts d’un double message :

1. Seul Dieu est digne d’adoration. Par conséquent, toutes les idoles faites par l’homme (richesse, pouvoir, apparence, hédonisme) représentent un danger pour la dignité de la personne humaine, pour la créature de Dieu.

2. Aux yeux de Dieu, tous les hommes et toutes les femmes appartiennent à la même race, à la même famille. Ils sont tous appelés à la liberté et à Le rencontrer après la mort.

Si je peux m’exprimer ainsi, je dirais que les croyants sont des prophètes d’espoir. Ils ne croient pas dans le destin. Ils savent que, dotés par Dieu d’un cœur et d’une intelligence, ils peuvent avec Son aide, changer le cours de l’histoire afin d’orienter leur vie selon le projet du Créateur. En d’autres termes, faire de l’humanité une famille authentique dont chacun de nous est un membre. Quoi qu’il en soit, nous autres chrétiens devons toujours nous souvenir de l’exhortation de Paul dans la lettre aux Romains : « Recherchons donc ce qui convient à la paix et à l’édification mutuelle (14 :19) ». N’est-ce pas là une belle feuille de route !

Mais, ceci dit, nous devons rester humbles. Nous n’avons pas expliqué Dieu ! Nous devons nous arrêter sur le seuil du mystère : « le Mystère de Dieu où l’homme est saisi au lieu de saisir, où il vénère au lieu de raisonner, où il est lui-même conquis au lieu de conquérir » (Karl Rahner).

 

 

6. Intervention du Cardinal Leonardo Sandri, Préfet de la Congrégation pour les Eglises Orientales

Eminences, Excellences, Révérends, Chevaliers et Dames de l’Ordre du Saint Sépulcre,

J’adresse à l’éminentissime Cardinal John Foley, Grand Maître, à sa Béatitude Fouad Twal, Patriarche latin de Jérusalem et Grand Prieur, de même qu’aux autres distingués détenteurs de fonctions de l’Ordre, mes plus vifs remerciements pour l’invitation qui m’a été adressée d’assister à la présente Consulta. J’exprime à tous les Chevaliers et à toutes les Dames du Saint Sépulcre la reconnaissance de l’Orient Catholique pour le soutien consistant que reçoivent Jérusalem et la Terre Sainte.

Remerciements que j’exprime au nom des Eglises Orientales Catholiques, ainsi que des Supérieurs et des Collaborateurs du Dicastère. L’Ordre, et en particulier le Cardinal Grand Maître, nous réserve une attention vigilante et amicale dès lors qu’ils reconnaissent la mission confiée par le Saint Père à la Congrégation pour les Eglises Orientales sur les territoires qui relèvent de leur compétence, à commencer précisément par la Terre Sainte.

En ma qualité de Président de la Roaco (Réunion des Œuvres d’Aide aux Eglises Orientales), je peux attester que la même gratitude à l’égard de l’Ordre émane des agences historiques qui la composent.

Votre générosité envers la Communauté Ecclésiale qui vit la foi catholique dans les Lieux Saints, et tout particulièrement envers celle regroupée autour du Patriarcat de Jérusalem, est une source de satisfaction et d’espérance pour l’Eglise universelle.

"A cet endroit tout homme est né", dit le psaume 86. Nous sommes débiteurs envers la Sainte Ville de la maternité spirituelle qu’elle offre en tant que témoin des origines chrétiennes, et nous nous réjouissons que l’Ordre du Saint Sépulcre se distingue dans la reconnaissance au nom de toute l’Eglise.

  • Lors de sa visite à la Congrégation pour les Eglises Orientales, le 9 juin 2007, le Saint Père Benoît XVI a défini les Eglises Orientales "gardiennes vivantes des origines chrétiennes, sans lesquelles il n’y a pas d’avenir pour l’Eglise universelle".

A cette mission participe, à titre individuel, la communauté du Patriarcat de Jérusalem des Latins, située au cœur de l’Orient chrétien. Le Patriarcat a en effet pour tâche de coordonner la vie ecclésiale concrète de la Terre Sainte, dans un esprit de fraternité et de service et dans le respect des prérogatives des autres composantes (Custodie de Terre Sainte tout d’abord, et Eglises Orientales Catholiques des divers rites qui y œuvrent). Ainsi, la Communauté catholique, unie en son sein, peut, en plein accord, se mettre en harmonie avec les autres Eglises et les autres communautés ecclésiales chrétiennes présentes sur ce territoire, en exerçant cette mission dont parle le Concile Œcuménique Vatican II dans le décret "Orientalium Ecclesiarum" : être un pont pour conduire le dialogue œcuménique et pour assurer la rencontre et la collaboration possibles avec l’Hébraïsme et l’Islam.

  • Le témoignage des Eglises Orientales Catholiques reçoit un apport spécifique du message silencieux mais efficace que les Lieux Saints, et le Saint Sépulcre en toute priorité, offrent au monde entier.

Message que la Congrégation pour les Eglises Orientales et l’Ordre du Saint Sépulcre désirent accueillir et cette intention commune génère entre eux une syntonie véritablement efficace en faveur de la Terre Sainte.

 Nous la cueillons de l’histoire de la Ville Sainte, dont nous allons évoquer certains temps forts utiles à notre réflexion.

Le sort des chrétiens d’Orient a subi un temps d’arrêt quand le Patriarche de Jérusalem Saint Sophrone céda, en 638, les clés de la ville au Calife Omar. Il fallut attendre pour que la situation connût un tournant historique, à savoir le Congrès Eucharistique qui se tint dans la Ville Sainte entre le 13 et le 28 mai 1893. Cette assemblée réunit tous les Patriarches orientaux catholiques, y compris le célèbre Patriarche gréco-catholique melchite Grégoire II Youssef, qui réussirent à convaincre le légat papal, Cardinal Benoît-Marie Langénieux, de l’état lamentable dans lequel se trouvaient les catholiques au Moyen-Orient. Dès l’année suivante, en 1894, après que le Cardinal légat eût fait son rapport fidèle à Léon XIII (2 juillet 1893), en affichant une nette sympathie pour les Orientaux, catholiques ou orthodoxes qu’ils fussent, le Papa convoqua une Conférence des Patriarches Orientaux à Rome. La rencontre devait déboucher sur ce qui constitue la magna charta des droits des chrétiens orientaux, l’Orientalium Dignitas (1894). Par ce document pontifical fut même impulsée la création de la Congrégation Orientale que Benoît XV devait effectivement fonder en 1917.

Jérusalem avait, en tout cas, conservé au cours des siècles un rôle primordial pour les trois religions monothéistes et, au sein du Christianisme, une centralité due à la présence de toutes les traditions. Elle fut, et elle est, le "centre des centres". Mais, à y regarder de plus près, Jérusalem a toujours souffert d’une sorte de "condition périphérique". Entourée, dans l’antiquité la plus ancienne, de grandes puissances comme les Assyriens et les Babyloniens, selon les lois profanes de l’histoire la communauté d’Israël aurait dû disparaitre avec le grand exil et être absorbée par les peuples voisins. Après la deuxième révolte des Juifs contre les Romains, en 135, à la suite de l’échec retentissant, ces derniers allèrent jusqu’à changer son nom en Aelia Capitolina et décrétèrent la peine de mort contre les juifs qui l’auraient approchée. Mais Jérusalem survécut ! Toutefois, du point de vue chrétien, nous nous serions attendu à ce que la Ville du Christ devînt la capitale du christianisme. Il s’avéra, par contre, fort difficile d’établir la communication entre la tête et les membres ; et la Providence désigna Rome. La communication entre Jérusalem et Rome se consolida quand fut érigé le Patriarcat Latin de Jérusalem, à une époque proche de la création de l’Ordre Equestre du Saint Sépulcre. Les deux institutions connurent des péripéties très tristes et des vicissitudes alternées, auxquels elles ne survécurent pas. Mais toutes deux furent rétablies en 1847.

Dans son statut de privilégiée et d’abandonnée, à la fois centre et périphérie, Jérusalem reste encore le symbole du Rédempteur qui, bien qu’étant Dieu, n’a pas hésité à assumer la condition humaine pour élever  ses frères d’adoption à la dignité divine..

Le message que la Congrégation pour les Eglises Orientales et l’Ordre du Saint Sépulcre veulent continuer, ensemble, à accueillir en provenance des Lieux Saints, est donc le suivant :

Le visage humain que Dieu a pris et les vestiges historiques que cet évènement a laissés dans les pierres de la Terre Sainte, et dans ces pierres vives que sont les communautés chrétiennes, doivent resplendir, encore aujourd’hui, pour le bien et surtout pour la paix de l’humanité toute entière, toujours idéalement convoquée à Jérusalem pour renforcer l’espérance d’avoir un jour sa place dans la Jérusalem céleste.

  • Chers amis membres de l’Ordre du Saint Sépulcre,

Je tiens à plaider cordialement une communauté d’intentions toujours plus étroite afin que les Eglises Orientales Catholiques et la Communauté Ecclésiale de Jérusalem soient toujours à la hauteur du message dont elles sont porteuses.

Les cinq plaies du Christ, que les membres de l’Ordre portent comme emblème, évoquent efficacement le chemin de croix que Jérusalem a partagé avec son Seigneur.

A ces stations de la croix participèrent les Eglises Orientales, au côté de la Communauté latine. De même qu’elles participèrent également à l’espérance que chacune de ces souffrances a générée.

Le sang des Eglises orientales, tout comme le sang des martyrs, a été la semence des chrétiens et reste maintenant source d’espoir. Nos deux institutions doivent servir généreusement cette mission d’espoir confiée à l’Orient chrétien et en particulier à Jérusalem.

Les péripéties historiques qui ont affecté la Ville sainte ne l’ont pas déconsacrée. Le désir ardent de la visiter et d’en partager le mystère n’a pas été étouffé par les siècles. C’est la présence franciscaine qui l’a cultivé car c’est la sollicitude de Saint François lui-même qui l’avait insufflé. C’est à lui que remonte un partage  ininterrompu de vie avec la Sainte Ville, devenue glorieuse à la suite des épreuves et des espérances accueillies avec une égale rapidité, admirable, susceptible de susciter une émulation lumineuse dans d’autres ordres et d’autres congrégations.

Deux ans ne s’étaient pas écoulés depuis le Congrès eucharistique de 1893 que le 19 mars 1895, Léon XIII constitua une Commission de cardinaux pour promouvoir la réunion desdites Eglises dissidentes. Parmi les experts, en leur qualité de consultants, nous trouvons l’abbé de Grottaferrata, Arsenio Pellegrini, pour les affaires italo-albanaises et le barnabite Cesare Tondini de’ Quarenghi pour les affaires russes. La commission travailla tant que Léon XIII fut en vie : la vingt-deuxième et dernière réunion remonte au 20 juillet 1902. 

Les comptes-rendus des séances, tels qu’ils ressortent des procès-verbaux, sont particulièrement intéressants, surtout ceux de la première. Le Patriarche Youssef déplore non seulement le manque de préparation des missionnaires envoyés auprès des Orientaux, mais également le fait qu’à Rome "notre rite" était défiguré par la latinisation. Youssef nourrissait en son cœur un profond chagrin pour la situation du Collège grec de Saint Athanase, fondé par Grégoire XIII en 1576, le collège oriental le plus ancien de Rome. Ses plaintes devaient bien vite tombées dans l’oubli car Léon XIII lui-même reconstitua le Collège en 1897 et le confia aux Bénédictins.

Ces évènements révèlent clairement un apport ultérieur à la fondation de la Congrégation pour les Eglises Orientales et de l’Institut Oriental Pontifical.

  •   Un lien fondamental relie historiquement nos Institutions à la Communauté ecclésiale de Jérusalem. Nous retrouvons le psaume qui confirme que "A cet endroit tout homme est né" (psaume 86) !

Nous sommes donc tenus de manifester un intérêt particulier envers la Ville Sainte et le Patriarcat latin, même si celui-ci n’est pas comme les autres patriarcats catholiques sujets au droit oriental. Il est, en effet, situé dans l’épicentre des mouvements orientaux et il peut offrir des possibilités uniques au "dialogue" interne et externe au catholicisme, dans la confrontation et dans la collaboration avec le monde chrétien et avec les autres religions. Son intérêt ne saurait se limiter à la simple sympathie.

Avant tout, la prière est indispensable. Mais quand la prière est authentique, elle génère des gestes concrets de solidarité. Jérusalem, où toutes les Eglises orientales et non seulement l’Eglise latine, ont leurs représentations, comme à Rome elle-même, a besoin de projets partagés.

Quels sont-ils concrètement ?

  • Avant tout, l’engagement visant à contenir la fuite des chrétiens qui nous rappelle l’exode de la fin du XIVe siècle.
  • Ce ne  nous sera possible que si nous œuvrons sans relâche pour la paix. Les Chevaliers et les Dames ont une mission difficile, voire impossible, bien différente de celle dictée par la sagesse des anciens Romains qui affirmaient : si vis pacem, para bellum. A eux revient plutôt la mission des chevaliers et des dames de la paix, dont notre temps a eu heureusement des témoignages éloquents. Il suffirait de citer le grand homme d’état chrétien Giorgio La Pira (+ 1977) et sa conviction : si vis pacem, para pacem ; ou bien la grande Bienheureuse Thérèse de Calcutta, ambassadrice de charité partout dans le monde, dotée de la capacité d’ouvrir des horizons impensables de fraternité grâce à son esprit de paix enraciné dans sa profonde adhésion au Christ.                         
  •  Des "infrastructures" s’imposent pour construire la paix. La première est l’éducation, comme formation plus que comme information. L’éducation doit entrer capillairement dans le système de promotion de la paix, en impliquant pour ce faire des couches toujours plus étendues de la société. On a besoin d’écoles ; de bourses d’étude, de programmes éducatifs capables d’extirper les préjugés. Des ressources sont indispensables pour que les Orientaux puissent venir étudier à Rome, mais également pour que les Occidentaux puissent étudier en Orient. A l’Institut Biblique Pontifical de Rome, étudier sur "place", autrement dit en Orient, est obligatoire, tandis que les études orientales à Rome ne requièrent pas, par manque de fonds, ces études "sur le terrain". L’éducation exige des structures de vie. Les Grecs anciens, pour unir leur Pays, imaginèrent les jeux olympiques. Le génie éducatif devra envisager des moments de vie qui permettront  à la paix de s’enraciner profondément dans le cœur et à devenir mentalité, volonté et action de paix chez les jeunes générations.

-  Parmi les projets communs utiles à édifier la paix, il faut accorder une place spéciale au sauvetage de la culture orientale chrétienne sous toutes ses formes : les langues et le patrimoine artistique et spirituel si fortement menacés. Ainsi, on encourage les valeurs humaines et l’on s’appuie sur la plateforme commune du dialogue qu’est l’homme en tant que tel, en rétablissant le contact entre le centre et la périphérie. Les Eglises catholiques orientales martyrisées montrent la capacité inhérente à leur nature de continuer à vivre, malgré toutes les épreuves que leur a infligées l’histoire. Mais, à présent, elles ont besoin d’un soutien spécial. Les trésors cachés de leur spiritualité représentent un puits d’énergie humaine et divine, un ressourcement de la nature humaine transformée par la grâce. Ils méritent d’être sauvegardés et exaltés pour le bien de la société humaine toute entière.

  • Cet engagement implique la coordination, et les organes de l’Eglise universelle répondent efficacement à cette tâche.

Je voudrais citer la Congrégation des Eglises Orientales et les divers organismes de la Curie Romaine, sans oublier l’Institut pontifical oriental qui est au service de l’Eglise universelle, surtout en ce qui concerne l’organisation du savoir sur l’Orient chrétien.

Le Patriarcat Latin et l’Ordre du Saint Sépulcre sont cordialement invités à resserrer leurs rapports avec l’Institut pontifical oriental. Son siège romain est le lieu délégué pour favoriser le dialogue interne entre Orient et Occident chrétiens, entre chrétiens de diverses dénominations, outre que dans le cadre de la rencontre interreligieuse. Le fait que Benoît XIV, dans son motu proprio Orientis catholici, charte fondamentale de l’Institut pontifical oriental, invoque la nécessité d’organiser des cours de "istitutiones islamicae", est bien la preuve d’une sensibilité que nous aussi nous devons honorer. A cet égard, il faut investir intensément surtout en énergies de l’esprit et du cœur, puis les soutenir généreusement avec l’aide matérielle. Des échanges culturels, des symposiums internationaux et des contacts personnels entre les pasteurs des Eglises de Terre Sainte et l’Institut pontifical oriental de Rome pourront donner des fruits féconds aussi bien pour le présent que pour l’avenir de la Terre du Seigneur.

N’oublions pas : d’un congrès est née la magna charta des Orientaux catholiques et, peut-être, comme nous l’avons vu, la Congrégation elle-même et l’Institut pontifical oriental

Quand en 1989 le mur fut abattu, une épine empoisonnée fut ainsi arrachée du cœur de l’Europe. Quand nous trouverons une solution pacifique pour Jérusalem, nous aurons arraché une épine du cœur du monde et de l’histoire de l’humanité.

Il appartient aux Cavaliers et aux Dames de jouer leur rôle et je connais, à cet égard, leur détermination généreuse. Je leur demande leur aide afin que les chrétiens orientaux n’abandonnent jamais cette entreprise dès lors qu’eux seuls sont tenus de donner.

  • Chers amis de l’Ordre du Saint Sépulcre, du 24 février au 2 mars de cette année, je me suis rendu en Terre Sainte et j’ai rencontré les dirigeants et les représentants du Patriarcat Latin de Jérusalem, de la Custodie et des autres Eglises Orientales Catholiques qui oeuvrent en Israël, en Palestine et en Jordanie. J’ai également rendu visite au Patriarcat Grec Orthodoxe et au Patriarcat Arménien Apostolique. Un signe de consolation apprécié pour les chrétiens locaux ont assumé les entrées solennelles au Saint Sépulcre, à la Basilique de la Nativité (avec l’ouverture, pour l’occasion, de la porte principale du lourd mur de division) et à la Basilique de l’Annonciation, entre autres par suite de la participation des représentants œcuméniques. Lors de la réunion féconde avec les Ordinaires Catholiques de Terre Sainte qui s’est tenue au cours de ces journées, ont émergés les problèmes principaux : la paix, le flux migratoire déferlant des chrétiens, les difficultés concrètes internes à la communauté catholique, de même qu’au niveau œcuménique et interreligieux.  Nous n’avons pas manqué de relever les signes d’espoir et de reconnaître l’amour de l’Eglise universelle que notre Congrégation tente de garder vivace grâce à toutes les initiatives possibles, de nature religieuse, spirituelle, culturelle outre que matérielle, en valorisant toujours, à cet égard, l’historique Colletta pro Terra Sancta.

J’ai voulu, ainsi, idéalement commencer mon service aux Eglises Orientales, précisément à partir de la Terre Sainte, pour des raisons de reconnaissance et pour en indiquer l’importance absolue pour tous les chrétiens.

Partout, j’ai constaté la contribution de l’Ordre du Saint Sépulcre qui est décisive dans le domaine éducatif et sanitaire.

Les racines de votre engagement se révèlent, sans aucun doute, spirituelles car elles ont déjà donné la preuve d’une persévérance que seule la foi en Jésus-Christ peut générer.

C’est là la garantie d’une efficacité et d’une continuité ultérieures et, surtout, de ce qui doit nous tenir le plus à cœur : une promotion humaine jamais détachée de la vision chrétienne.  

Je vous souhaite, selon les intentions bien décrites dans l’Instrumentum Laboris, de réitérer et d’approfondir l’enracinement spirituel chrétien de votre identité.

Je vous assure de ma prière personnelle, tout en formulant mes vœux les plus fervents pour les travaux de la Consulta, heureux en cette circonstance si significative, et en reconnaissant le soutien spirituel et matériel indispensable que l’Ordre Equestre du Saint Sépulcre offre à la Terre Sainte.

Merci de votre attention.

Cardinal Leonardo Sandri,Préfet de la Congrégation pour les Eglises Orientales                                           

 

 

7. Monseigneur Robert L. Stern, Président de la Mission Pontificale pour la Palestine

LA MIGRATION DES CHRETIENS VERS LA TERRE SAINTE ET DE LA TERRE SAINTE

Données démographiques actuelles

Pour commencer, quelques mots sur la démographie, sur les données démographiques actuelles de la Terre Sainte et du Proche-Orient. Tout d’abord, un aperçu statique sur la population.

Vision statique : statistiques démographiques.  Il y a quelques années, le Patriarche latin de Jérusalem de l’époque, Michel Sabbah, m’a déclaré « Monseigneur, vous devez comprendre que dans cette partie du monde qui est la nôtre, les chiffres ont une valeur fortement symbolique.» Manière élégante de dire que nous déclarons certains chiffres qui correspondent, ou pas, à la réalité. On dispose d’un petit nombre de statistiques vraiment fiables relatives aux populations des pays du Proche-Orient, à l’exception peut-être de l’Etat d’Israël qui excelle dans la tenue de données précises de recensement. Et donc, permettez-moi de vous présenter des estimations, selon moi, raisonnables. Toutefois, rien d’étonnant si quelqu'un d’autre propose des chiffres différents.

Actuellement, dans l’Etat d’Israël, sur une population qui, en octobre 2008, était de 7.337.00 habitants, on compte 147.000 chrétiens, soit environ 2% de la population. Les citoyens israéliens chrétiens sont, pour la plupart, arabes. Mais ce chiffre ne tient pas compte des 300.000 personnes qui sont entrées dans l’Etat d’Israël au titre de la Loi du Retour et sont officiellement classées comme non juives. Mais alors que sont-elles ? Généralement, il s’agit de personnes de l’Europe de l’Est, issues du monde marxiste, mais dont les origines familiales sont probablement chrétiennes orthodoxes. Il s’agit d’un autre chiffre que l’on pourrait citer, mais la structure entière de l’Eglise en Israël est fondée sur la population autochtone qui est arabe. Sans oublier naturellement les travailleurs invités, qui viennent surtout des Philippines, dont la majorité est catholique.

En Palestine, autrement dit la Cisjordanie et Gaza, territoires occupés qui jouissent d’une autonomie palestinienne limitée, on compte approximativement 3.800.000 personnes. Et disons que les chrétiens, non les catholiques mais tous les chrétiens, sont tout au plus 40.000, soit 1%. Ainsi, dans toute la région de la Terre Sainte traditionnelle, nous parlons d’une population de plus de 10.000.000 personnes et d’une population chrétienne inférieure à 200.000 personnes, le pourcentage le plus faible de chrétiens des pays de cette région.

Le Royaume hachémite de Jordanie compte actuellement 6.000.000 de personnes, dont de très nombreux réfugiés, et peut-être 250.000 chrétiens de toutes dénominations qui représentent environ 4% de la population. En gros, dans cette région du monde, je pense que nous pouvons affirmer que près d’1/3 des chrétiens sont des catholiques latins (romains), 1/3 des catholiques melkites et plus d’1/3 des orthodoxes grecs. Il y a aussi un nombre inférieur d’autres dénominations catholiques et orthodoxes. Les acteurs, pour ainsi dire, les plus nombreux sont les catholiques latins et grecs et les orthodoxes grecs.

Le Liban compte une population d’environ 3.900.000 habitants, et la population chrétienne est inférieure à 1.170.000 habitants, soit 30% de chrétiens. D’autre part, quand le Liban était organisé et que la France lui avait octroyé son indépendance, il était en majorité chrétien.

La Syrie compte environ moins de 20.000.000 d’habitants et environ 2.000.000, disons 1.850.000, sont chrétiens, ce qui représente 9,4% de la population syrienne. L’Irak compte plus de 28.000.000 personnes, et une estimation à la hausse indiquerait que restent encore 760.000 chrétiens, soit 2,7% de la population, mais le nombre réel est certainement inférieur.

L’Egypte compte 81.700.000 habitants et une population en rapide expansion ; 10% sont traditionnellement déclarés coptes, en d’autres termes orthodoxes coptes. La présence des catholiques romains est presque uniquement composée de religieux qui oeuvrent dans différentes institutions.

Je vous ai ainsi présenté une vision statique de la population chrétienne du Proche-Orient.

Vision dynamique : tendances sociologiques.  Si vous examinez la situation d’un point de vue dynamique, en d’autres termes dans le cadre de son évolution, vous êtes alors amenés à  vous poser cette question « D’où vient-elle et où semble-t-elle aller ? » Eh bien, depuis la fin de la Première Guerre mondiale – qui a mis un terme aux 400 années de l’hégémonie turque ottomane dans cette partie du monde – au cours du siècle dernier, proportionnellement, le nombre de chrétiens n’a cessé de diminuer partout. Que vous considériez le nombre des chrétiens à Jérusalem il y a cent ans et aujourd’hui, en Perse il y a cent ans et aujourd’hui, à Damas il y a cent ans et aujourd’hui – vous arriverez à la même conclusion pour décrire la situation : une énorme diminution de la proportion de chrétiens, voire du nombre absolu de chrétiens.

Quelles sont les raisons de ce déclin? Tout d’abord, les chrétiens ont généralement reçu une excellente éducation par rapport à la majorité de la population et, c’est bien connu, plus le niveau de l’éducation et des opportunités économiques de la famille est élevé, plus les dimensions de la famille sont limitées. Ainsi, vous constatez d’une part des taux de naissances en diminution chez les chrétiens. D’autre part, dans les secteurs économiquement moins développés ou dans les secteurs religieux les plus conservateurs, on assiste à une augmentation des familles nombreuses. Par exemple, les juifs ultra orthodoxes en Israël et les musulmans radicaux dans la région présentent un taux de natalité bien supérieur. Une autre raison, certes, est l’émigration. Les chrétiens quittent la Terre Sainte, abandonnant le monde arabe, abandonnant le            Proche-Orient.

Pourquoi ? Tout d’abord parce que socialement, parmi les chrétiens, règne un sentiment d’exclusion, voire de discrimination, et ce dans un grand nombre de pays. Certaines personnes parlent volontiers des persécutions dont sont victimes les chrétiens. Je pense qu’il y a là une certaine exagération, mais qu’il existe une forme de discrimination dans les pays musulmans est un fait incontestable ; elle varie d’un pays à l’autre. Certainement, dans un grand pays comme l’Egypte, il y a eu des ministres chrétiens distingués, comme Boutros Boutros-Ghali, mais généralement les niveaux les plus élevés dans le secteur politique et social sont réservés aux musulmans, c’est un fait concret.

Ainsi, vous assistez à ce phénomène, en termes de tendances, de populations chrétiennes en déclin rapide, et ce non seulement en Terre Sainte mais dans tout le Proche-Orient. Certaines sources envisagent qu’il est probable que la population chrétienne totale du monde arabe tombera jusqu’à ne compter que 6.000.000 de personnes d’ici les prochaines 15 à 20 années au rythme de l’évolution actuelle. Je m’abstiens de porter un jugement sur cette tendance « positive » ou « négative » ; j’essaie simplement d’être impartial, comme le seraient des sociologues qui se pencheraient sur cette question et présenteraient ces tendances démographiques telles qu’elles sont.  

 

 

Perspective à long terme (historique)

 

Sans vouloir abuser de votre patience, je voudrais examiner avec vous les tendances à très long terme, dès lors qu’une perspective historique est très utile pour évaluer le présent. Je voudrais ainsi faire un survol sur les 2000 ans écoulés.

L’aube de la chrétienté. Quand la chrétienté est apparue dans ce que nous appelons la Terre Sainte, elle était une branche du judaïsme. C’était une secte juive et elle avait une identité ethnique. Les premiers chrétiens étaient juifs. Jésus, Marie, Joseph et les Apôtres étaient tous juifs, des juifs messianiques. Le monde politique dans lequel ils vivaient était placé sous le contrôle de l’empire romain païen.

Mais bien vite la crise de ces premières communautés chrétiennes pouvaient se résumer ainsi : « Allons-nous être chrétiens ou pas ? ». Tout d’abord, elles commencèrent par se reconnaître comme païennes, point de rupture avec le judaïsme. Puis, la chrétienté devint, disons, un mouvement transnational dès lors que les chrétiens ne devaient pas appartenir à une tribu particulière, à un groupe ethnique ou à un corps politique. C’était là une notion fortement radicale parce que la religion était partout un élément de l’ordre politique. Rapidement, la première chrétienté devint un mouvement sans frontières, ni nationales ni ethniques. Dans le Christ, comme le dit Saint Paul, « Il n’y a ni juif ni grec, il n’y a même pas d’esclave, ni de personne libre, il n’y a ni homme ni femme, car nous sommes tous un, en Jésus-Christ ». C’était là un aspect fortement radical de la chrétienté.

La chrétienté s’étendit rapidement dans l’empire romain païen et en dehors de celui-ci. Et fondamentalement, dès lors que les chrétiens n’acceptaient pas les religions des terres sur lesquelles ils vivaient, ils étaient considérés comme quelque peu subversifs. En fait, à Rome, on les tuait parce qu’ils n’étaient pas politiquement corrects. Ils n’offraient pas des sacrifices aux dieux de l’Etat. Les chrétiens refusaient de se plier à la religion d’Etat de Rome, ou à la religion d’Etat de la Perse ou à la religion d’Etat de tout autre lieu.

 

La religion établie de l’empire romain. En cent ans à peine, un changement radical se produisit. Fut-ce un bien ou un mal, la chrétienté fut proclamée religion officielle de l’empire romain. Dès la fin du IVe siècle, la chrétienté était la religion impériale d’Etat. Et alors, qu’advint-il de ce mouvement transnational ? Il devint la religion établie. Et en dehors de l’empire romain, il était considéré comme la religion des Romains. Et donc, c’était une religion étrangère si vous viviez en Perse,  parce qu’il s’agissait d’un empire rival. La chrétienté était tolérée dans les empires « ennemis ». En dehors à la fois du monde romain et du monde des ennemis des Romains, elle fleurissait. Vous savez, en quelques centaines d’années, il y avait des diocèses à travers toute l’Asie, il y avait des évêques en Chine et en Mongolie. L’Eglise de l’Est – ce que nous appelons aujourd’hui l’Eglise syrienne de l’Est – était répandue dans toute l’Asie, même si le monde occidental en savait bien peu sur celle-ci. Malgré le développement de la chrétienté en dehors du monde romain et du monde de la Perse, ce mouvement transnational finit par être identifié comme la religion officielle de l’empire romain.

Chrétienté minoritaire dans un monde islamique. Que s’est-il passé à la suite de l’émergence de l’islam ? Rapidement, et dans certains cas, en un siècle ou deux, tout le Proche-Orient et au-delà devint le monde de l’islam. La chrétienté fut réduite au statut d’une religion minoritaire, la religion romaine. Elle était tolérée en tant que religion précurseur de l’islam, mais les chrétiens avaient un statut inférieur dans la société islamique et étaient soumis à une terrible pression sociale visant à leur faire adopter l’islam. En fait, l’histoire du Proche-Orient est essentiellement l’histoire de l’islamisation de ce qui était autrefois les pays chrétiens. Pendant près de trois cents ans, l’Egypte était un pays chrétien, la Syrie était un pays chrétien, etc.. Progressivement, le Proche-Orient devint un monde à la majorité musulmane écrasante – et ce processus est encore en cours.

Intermède : les Etats des Croisés.  Il y eût un bref intermède qui vous est familier, la période des Croisades. Pendant une période historique relativement brève, les Etats islamiques et les juridictions furent évincés par le règlement chrétien féodal occidental. Tout à coup apparurent des juridictions chrétiennes : en d’autres termes, l’autorité politique était chrétienne en ce sens qu’elle provenait de l’Occident « chrétien ». Les pouvoirs occidentaux chrétiens en effet imposèrent un nouvel ordre politique. Il y eût même un déplacement des formes orientales de chrétienté vers des formes occidentales de chrétienté. Par exemple, les Occidentaux installèrent leur propre patriarche à Jérusalem – et c’est pourquoi nous avons un Patriarche latin de Jérusalem encore aujourd’hui – et de même, plus tard, les Occidentaux installèrent leur patriarche à Antioche, un Patriarche latin, et leur Patriarche à Constantinople, un Patriarche latin. Il s’est donc agi du remplacement de la chrétienté orientale par les pouvoirs occidentaux. Et c’est ainsi que le conflit des Croisés avec l’islam, conflit politique, avait des retombées religieuses significatives.

La chrétienté dans le monde islamique après les Croisades. Dans le monde d’après les Croisades qui représente en grande partie l’histoire du Proche-Orient, la chrétienté était vue avec méfiance parce qu’elle était impliquée avec les pouvoirs occidentaux et avait donc des contacts avec l’occident. Prenons, par exemple, les sombres années de l’empire ottoman, quand la France est devenue la protectrice des catholiques et l’Allemagne la protectrice des protestants. Les pouvoirs occidentaux étaient considérés comme des pouvoirs religieux. C’est pourquoi il régnait toujours le sentiment persistant que, dans cette région du monde, la loyauté des chrétiens était contestable dès lors qu’ils étaient étroitement liés à la France, à l’Allemagne, à l’Angleterre, à l’Occident et au Pape.

Intermède : la période des mandats occidentaux (« chrétiens »). Il n’y a eu qu’un seul autre intermède du contrôle chrétien sur le Proche-Orient, la période d’après la Première Guerre mondiale, période des mandats français et britanniques. Vous savez que le Traité Sykes-Picot, après la Première Guerre mondiale, répartissait le contrôle de cette partie de l’empire ottoman entre la Grande-Bretagne et la France. C’est au cours de cette période que les Etats nation modernes furent créés : la France empiéta sur la Syrie et naquit le Liban et la Grande-Bretagne scinda la Jordanie de la Palestine et réunit trois provinces ottomanes pour créer l’Etat moderne de l’Irak.

De tous ces Etats nation modernes, créés pendant et après la période des mandats par les pouvoirs chrétiens, un seul pays, le Liban, n’est pas, disons, sectaire. Israël, naturellement, est un Etat juif. Tous les autres pays sont musulmans, séculiers ou religieux, mais ce sont des pays musulmans.

La chrétienté du Proche-Orient aujourd’hui. Aujourd’hui, un chrétien au Proche-Orient vit dans un monde judéo-musulman. Ce sont des citoyens ou des sujets soit d’une autorité politique islamique soit d’une autorité politique juive, à l’unique exception du Liban qui est actuellement quelque peu ambivalent.

L’avenir de la chrétienté au Proche-Orient

 

Quel est l’avenir de la chrétienté au Proche-Orient? Pardonnez-moi si j’ai l’air quelque peu prétentieux, après tout je suis un new-yorkais qui parle ici de l’avenir de la chrétienté au Proche-Orient. D’autre part la moitié de ma vie, en tant que prêtre, s’est concentrée sur cette région. Parfois la personne qui observe du dehors a un regard différent de la personne qui observe de l’intérieur, peut-être meilleur, peut-être pire.

La chrétienté est transnationale, trans-ethnique et trans-culturelle. Quoi qu’il en soit, la nature de la chrétienté est qu’elle ne devrait être liée à aucun gouvernement. Elle ne devrait être liée à aucun groupe ethnique, elle ne devrait être liée à aucune culture. Elle est trans-nationale, trans-ethnique et trans-culturelle. Elle est destinée au monde entier. Jésus est venu pour sauver le monde entier. Le Saint Esprit s’est déversé sur le monde entier. La mission de l’Eglise est destinée au monde entier. Et l’Eglise catholique, l’Eglise universelle a cette dimension. Certes, elle peut être mêlée à un peu d’ethnicité, de culture ou de politique, mais toujours à l’intention du monde entier.

L’enjeu pour les chrétiens, où qu’ils se trouvent, surtout au Proche-Orient, est qu’ils ne doivent pas s’agripper à l’identité occidentale. Au Liban, il y a à peine une génération, le chrétien moyen bien éduqué parlait uniquement français et à peine quelques mots d’arabe. Ils se déclaraient eux-mêmes des étrangers. Tout cela a changé. La tendance des chrétiens au Proche-Orient est de s’identifier aux manières et au style occidentaux. Nous avons un bureau au Liban. Un jour que je m’y étais rendu, j’ai demandé à notre directeur de parler, à certaines des femmes qui y travaillent, de leurs vêtements parce qu’elles ont un look plus parisien que les Parisiennes. Ce sont des chrétiennes libanaises, mais à l’allure un peu trop séduisante pour des secrétaires travaillant dans un bureau religieux.

Les chrétiens au Proche-Orient ne devraient pas se proclamer occidentaux. Et une partie du défi qu’ils doivent relever est qu’ils ne devraient pas non plus revendiquer une ethnicité particulière. Il y a encore un sens profondément tribal dans un grand nombre de pays du Proche-Orient. Par exemple, demandez au Patriarche latin de Jérusale, Fouad Twal, « À quelle tribu appartenez-vous ? » et il vous répondra. Il appartient à une tribu. Il a des racines bédouines en Jordanie. Naturellement nous appartenons tous à une famille, à un clan, nous avons tous un groupe ethnique. En Amérique, par exemple, quand j’allais à l’école, on me demandait souvent « Qui es-tu ? » en entendant par là : tu es Irlandais ? Tu es Italien ? Tu es Allemand ? J’avais toujours beaucoup de mal à répondre parce que mon nom est Stern et je suis catholique, malgré un nom juif ; la famille de mon père était allemande et celle de ma mère est irlandaise. De sorte que je devais toujours expliquer les choses, comme je le fais maintenant. C’est une ethnicité que nous avons tous. Mais les chrétiens au Proche-Orient – et partout – doivent être capables d’y renoncer.

L’un des problèmes au Proche-Orient c’est que les chrétiens ont affirmé la prééminence de la culture occidentale sur la culture islamique. Les musulmans ne mangent pas de parc, mais nous en mangeons. Les musulmans ne boivent pas de vin, nous en buvons. Les musulmans jeûnent tout au long du Ramadan, nous ne le faisons pas. En d’autres termes, nous devons être nous-mêmes, et ils doivent être eux-mêmes. C’est compréhensible, mais c’est aussi l’un des enjeux majeurs. La chrétienté ne doit pas être – ne devrait pas être – liée aux comportements occidentaux.

La chrétienté n’est pas liée à la géographie. Une autre observation qui peut causer de profonds mécontentements c’est que la chrétienté n’a pas de liens avec la géographie. Le judaïsme est lié à la terre. Le judaïsme est centré sur un segment de terre, l’étroite bande de terre, la Terre Sainte, par suite de la promesse faite à Abraham, Isaac et Jacob, par suite des anciens royaumes de Judah et d’Israël. Le judaïsme est lié à la terre, c’est pourquoi la création d’une mère patrie juive au Proche-Orient était si importante pour les juifs du monde entier.

L’islam est étroitement lié au territoire : la Mecque, Médina et Jérusalem. Dans un certain sens, les musulmans sont liés aux sanctuaires. Le Haram-as-Sharif, avec le Dôme du Rocher et la mosquée Al-Aqsa, est très important pour l’islam. La deuxième Intifada a été provoquée par Ariel Sharon qui est monté jusqu’à la zone du sanctuaire musulman, au sommet de la montagne où, il y a des siècles, se dressait le temple juif, en déclarant qu’un Israélien peut se trouver partout en Israël. Déclaration aussi dangereuse que jeter une allumette allumée dans un dépôt de poudre. Pour les musulmans, c’est l’un des endroits les plus importants du monde. Ils sont liés au sanctuaire ; la chrétienté ne l’est pas. Jésus n’est pas enterré dans le Saint Sépulcre. Nous ne sommes pas lies à un lieu comme les juifs et les musulmans le sont.

Je suis certain que vous vous souvenez des paroles adressées par Jésus à la femme samaritaine : « … l’heure est venue où vous honorerez le Père, mais ni sur cette montagne ni à Jérusalem mais dans l’esprit et dans la vérité ». Où trouvons-nous Jésus ? Nous Le trouvons partout. Nous Le trouvons parmi nous quand deux ou trois d’entre nous sont réunis en Son nom. En tant que disciples de Jésus, nous n’avons pas de liens qui nous lient à un lieu comme les juifs et les musulmans. La chrétienté peut fleurir partout. Elle peut s’épanouir en Chine, elle peut s’épanouir en Géorgie, elle peut s’épanouir en Afrique, elle peut s’épanouir à Rome. La chrétienté est trans-nationale, trans-ethnique, trans-culturelle. Cependant, certaines de nos structures ne peuvent fleurir de la même façon. Il est difficile d’agir selon le style italien si vous vivez en Australie, difficile d’agir selon le style espagnol si vous vivez au Mexique. Il existe des liens avec de nombreux endroits et de nombreuses structures et les structures doivent être modifiées selon l’endroit où elles se trouvent. Mais la chrétienté elle-même peut exister où que ce soit.

Il n’y a pas d’impératifs géographiques imposés à la chrétienté. Nous avons des racines historiques en Terre Sainte. Il n’y a aucun lieu aussi évocateur à visiter pour un chrétien que la Terre Sainte. La Terre Sainte revêt une importance symbolique immense. Cependant, s’il devait arriver que pas un seul chrétien ne reste en Terre Sainte, au fond cela ne causerait pas grand mal à la chrétienté. Malheureusement, au rythme où vont les choses, nous risquons de nous rapprocher dangereusement de cette situation.

La chrétienté, pont vers l’avenir pour le monde arabe musulman. Après avoir présenté cette évaluation peut-être plutôt négative, je tiens à insister sur le fait que la chrétienté représente un pont vers l’avenir pour le monde arabe musulman. Tout d’abord, les chrétiens du monde occidental ont appris certaines choses et apporté certaines valeurs et certaines perspectives qui revêtent une importance vitale pour la croissance et la maturation du monde arabe. Par exemple, ce qu’en Amérique nous appelons la séparation de l’Eglise et de l’Etat est un concept extrêmement valable. Il a été inclus dans le document du Concile Vatican II sur la liberté religieuse et la liberté de conscience. Il figure dans les déclarations de l’Organisation des Nations Unies. Il est profondément enraciné dans l’enseignement de Jésus. C’est le concept selon lequel la dignité humaine et la liberté humaine exigent le respect pour la conscience de l’individu ; concept qui conduit à la liberté du culte. C’est un fait très important pour le monde islamique ; cependant si le monde islamique entend adhérer à la société moderne, il doit intégrer ces valeurs dans sa vie quotidienne. Le pluralisme n’est pas le mal. Le pluralisme est un phénomène sain. Il a été pendant longtemps expérimenté dans certains pays occidentaux comme le Canada et l’Amérique et il ne cesse d’être expérimenté en Europe. Il représente une valeur en lui-même. Et les chrétiens, dès lors qu’ils embrassent ces cultures, peuvent être les instruments permettant de promouvoir la maturation et la modernisation des mondes islamique et arabe.

Les chrétiens apportent d’autres perspectives uniques. Souvenez-vous quand lundi quelqu'un a demandé au Cardinal Jean-Louis Tauran s’il existait une différence entre les attitudes musulmanes et chrétiennes vis-à-vis de Dieu ; le Cardinal a résumé très brièvement en disant que les chrétiens voient Dieu comme le Père, vision extraordinaire. Les chrétiens apportent certaines valeurs, par exemple la réconciliation et le pardon. Nous les considérons comme des valeurs acquises, mais nous sommes confrontés à une culture dans la Méditerranée orientale, en fait dans la plupart des pays du monde méditerranéen, où l’on vous considère comme quelqu’un de mou, de « soft », de trop indulgent si vous pardonnez. L’honneur réclame la vengeance. Vous savez, nous y voyons une sorte de code de la maffia, mais il est bien vivant et vivace. Même dans un endroit modernisé comme le royaume hachémite de Jordanie, l’honneur de votre famille, de votre clan, de votre tribu, réclame parfois la vengeance. Les chrétiens se présentent porteurs du message de la réconciliation et du pardon. Jésus a enseigné à ses disciples à renoncer à leur droit légitime de se venger. Valeur totalement différente de la culture du Proche-Orient, et cependant c’est quelque chose que nous lui apportons.

Je pense qu’en définitive ce que les chrétiens apportent c’est leur devenir des ponts dans leurs propres êtres. A Rome, le Saint Père prend le titre de « Pontifex Maximus », à l’origine un titre romain païen. « Ponti » se réfère à un pont et « fex » au verbe « faire » : un pontifex est un constructeur de pont. Dans les temps anciens, construire un pont  représentait un progrès fantastique car il permettait aux personnes de traverser facilement des rivières, il facilitait les transports et ouvrait la voie aux armées. En tant que chrétiens, nous sommes tous « pontificaux », nous tous. Notre défi est de lancer un pont entre nos différences. Les chrétiens ont un rôle de premier plan à jouer, même s’ils sont une infime minorité et n’en sont peut-être pas capables. Ils ont des rôles extraordinaires à jouer en Terre Sainte et au Proche-Orient.

Je crois que ce dont nous avons fondamentalement besoin, à la lumière de la réalité sociologique, est d’une sorte de spiritualité selon Jean le Baptiste. L’Eglise ne pourra jamais s’épanouir dans un futur proche au Proche-Orient. Elle se trouve dans un état de déclin rapide. Mais qu’importe. « Il doit croître, je dois décroître ». Si l’Eglise peut être un instrument pour influencer le monde islamique et le monde juif dans lequel elle vit, elle apportera ainsi une contribution extraordinaire et précieuse. En petit, c’est ce qui se passe déjà aujourd’hui. Nous parlons beaucoup d’aider les écoles par exemple ou l’Université de Bethléem, où un si grand nombre d’étudiants ne sont même pas catholiques ou chrétiens. L’université revêt une importance précieuse parce que les étudiants y reçoivent l’enseignement de valeurs, ils apprennent ce qu’est la coexistence, ils font l’expérience de l’autre et peuvent profiter d’une meilleure qualité d’éducation. Le travail de l’Eglise n’aboutit peut-être pas à augmenter le nombre de chrétiens, mais il revêt une valeur inestimable. La meilleure chose que nous pouvons faire est de donner tout l’appui que nous pouvons offrir pour faire avancer les travaux de l’Eglise – tout au moins le meilleur des travaux de l’Eglise. C’est pourquoi cet Ordre du Saint Sépulcre revêt une importance unique.

Migration des chrétiens

La chrétienté est un mouvement. Quand nous parlons de migration, nous devons nous rappeler que, fondamentalement, la chrétienté est un mouvement. Les chrétiens se sont toujours répandus dans le monde entier. La mission des chrétiens est de se répandre dans le monde entier. Evangélisation signifie répandre le royaume de Dieu.

L’émigration – elle n’est pas un mal en soi. Ne pensez pas que le mouvement des chrétiens est nécessairement un phénomène négatif ; il ne faut pas voir un mal dans le fait qu’un grand nombre de chrétiens quittent un endroit et vont dans un autre ; même  s’ils s’en vont avec regret. S’il y a un plus grand nombre de chrétiens bethleemites à Santiago du Chili qu’à Bethléem, c’est la vie. Le but est-il que chaque bethleemite quitte Santiago pour revenir à Bethlehem pour y garantir une majorité chrétienne ? Que ce soit le but ou pas, cela n’arrivera pas ; car dans ce cas également, c’est dans l’ordre des choses. Par ailleurs, n’est-ce pas merveilleux que les chrétiens de Bethléem portent leurs valeurs et leur histoire dans d’autres terres ? Ainsi l’émigration n’est pas nécessairement un mal. Mais elle implique une perte. Il y a un patrimoine et une culture qui est en train de se perdre avec l’exode des chrétiens.

D’autre part, on peut comprendre que les chrétiens et d’autres personnes au Proche-Orient désirent chercher une vie meilleure. Les personnes quittent le Proche-Orient pour se rendre en Australie, elles quittent le Proche-Orient pour aller en Suède, elles quittent le Proche-Orient pour aller en France ; elles quittent le Proche-Orient pour aller au Honduras ; elles quittent le Proche-Orient pour aller au Brésil ; elles quittent le Proche-Orient pour aller au Canada et aux USA. Il suffit que seule une minorité courageuse décide de rester, simplement dans le but de conserver la présence chrétienne, alors qu’il y a du travail, des possibilités d’instruction, un avenir et la liberté dans d’autres régions du monde.

Nécessité de promouvoir un climat de migration sure. Migration, à propos, ne signifie pas un départ sans possibilité de retour. L’un des défis à relever, me semble-t-il, consiste à créer un climat favorable à une migration sure. Nous nous extasions et disons « Pouvons-nous garantir que les cigognes peuvent voyager de la Russie, survoler le Proche-Orient, arriver jusqu’en Afrique et retour ? » ou « Est-ce que le papillon monarque peut aller d’Amérique du Nord en Amérique centrale et refaire le chemin en sens inverse ? » ou « Est-ce que les baleines peuvent migrer librement dans les mers ? »

Pourquoi ne nous intéressons-nous pas au moins tout autant des migrations humaines ? En d’autres termes, avec les écologistes, nous voulons que les animaux vivent dans des lieux sûrs, nous voulons qu’ils puissent parvenir en toute sécurité là où ils vont, et nous voulons qu’ils puissent procréer dans un environnement sûr quand ils arrivent dans ces endroits. Le moins que nous puissions faire, c’est de nous soucier, en tant que chrétiens responsables, de sensibiliser les Nations Unies et nos gouvernements et de plaider pour la sauvegarde, afin que les chrétiens puissent vivre sur leurs propres terres s’ils le désirent, et pour la promulgation de lois qui facilitent leur mobilité à travers le monde et leur permettent, s’ils le désirent, de trouver un nouvel environnement ailleurs pour procréer – et non pas des lois qui leur refusent l’entrée, limitent la mobilité et la citoyenneté. Il est paradoxal de constater que nous sommes plus enclins à permettre aux oiseaux de migrer que nous ne le permettons aux êtres humains. Et dans la migration, comme nous l’enseignent les oiseux, les abeilles, les saumons ou les éléphants, les migrants reviennent. Pourquoi les chrétiens ne pourraient-ils pas revenir au Proche-Orient si le climat social, culturel et historique les attire en ces lieux ? Pourquoi leur devrait-il être interdit de revenir aussi souvent qu’ils le désirent ?

 

Quelques inquiétudes relatives au Proche-Orient. Eh bien, pour tirer une conclusion de toute cette longue série de réflexions, voyons quelles sont nos inquiétudes quant à la situation et à la migration des chrétiens en Terre Sainte et dans le reste du Proche-Orient. Tout d’abord, notre souci est de venir en aide à ceux qui y vivent. Ce sont nos frères et nos sœurs, ils ont besoin d’être aidés. Ils vivent dans un environnement hostile. Ils sont discriminés, ils ne disposent pas de certaines opportunités qui nous semblent naturelles. Ils ont besoin d’aide. Ensuite, si nous nous soucions véritablement de cette partie du monde, nous devons alors faire jouer notre influence auprès des gouvernements des pays où nous vivons pour influencer leurs politiques nationales à l’égard du Proche-Orient. Il est dit dans le préambule de notre constitution, qui remonte au Pape Paul IV, que l’une des vertus caractéristiques des chevaliers et des dames de l’Ordre du Saint Sépulcre est « une lutte courageuse pour la justice et la paix ». Par suite, tout ce qui concerne la justice, la paix, les droits de l’homme et la réconciliation sont autant de valeurs qui revêtent une importance vitale pour les membres de cet ordre – en particulier les questions relatives à la justice et à la paix en Terre Sainte et dans tout le Proche-Orient. En outre, nous devons contribuer à faire en sorte que les valeurs chrétiennes, l’éthique chrétienne, les critères de jugement chrétiens soient évoqués tant directement par le biais de nos pays ou moyennant le plaidoyer et le travail de l’église locale.

Un acte pratique que nous pouvons mettre en oeuvre est d’aider ceux qui désirent migrer : les accueillir, faciliter leur arrivée et leur présence ainsi que  leur implantation de chrétiens du Proche-Orient qui désirent se rendre dans nos patries respectives. De même, nous pouvons préconiser des politiques d’immigration moins restrictives dans les pays où nous vivons.

 

Le défi que doit relever l’Ordre Equestre du Sainte Sépulcre de Jérusalem. En tant que membres de l’Ordre du Saint Sépulcre, il nous incombe une tâche plus lourde, plus complexe et plus stimulante. Un avertissement s’impose : ne nous identifions pas au passé de « croisé » de notre ordre. Après tout, du point de vue du Proche-Orient musulman, il s’est agi d’une période fort malheureuse. Dans le monde musulman arabe, le mot équivalent à « croisé » résonne aussi sinistrement que le mot « nazi » dans le monde occidental. Ainsi, nous n’avons rien à gagner au Proche-Orient si nous parlons de croisades ou de croisés ou si nous nous identifions aux croisés. Nous ne sommes pas des croisés. Nous ne sommes pas des armées féodales occidentales qui arrivent pour s’emparer des enjeux du monde islamique. Nous sommes des personnes qui recherchent la diffusion de la justice, des droits et de l’enseignement de Jésus.

Notre mission est d’aider la survie des chrétiens en Terre Sainte – grâce à notre aide financière, grâce à notre aide personnalisée, grâce à nos visites et à nos pèlerinages, grâce à la promotion que nous faisons du développement culturel et humain destinée à ceux qui y vivent et grâce à notre volonté de nous engager, dans nos pays, dans cette « lutte courageuse pour la justice et la paix ».

Merci de votre attention.

Monseigneur Robert L. Stern, Secrétaire Général of the Catholic Near East Welfare Association

Président de la Mission Pontificale pour la Palestine

 

8. DISCOURS D’INTRODUCTION DU CARDINAL JOHN P. FOLEY, GRAND MAÎTRE

LORS DE L’AUDIENCE AVEC SA SAINTETÉ,LE PAPE BENOÎT XVI, LE 5 DÉCEMBRE 2008

Très Saint Père :

Nous vous sommes profondément reconnaissants d’avoir accordé une audience au Grand Magistère et aux Lieutenants de l’Ordre Equestre du Saint Sépulcre à l’occasion de notre Consulta qui regroupe, tous les cinq ans, les représentants de notre Ordre en provenance non seulement de l’Europe mais aussi de l’Amérique du nord et du sud, de l’Asie et de l’Océanie.

Nous nous réjouissons également que le groupe de personnes que Vous voyez devant Vous représente plus de 24.000 Cavaliers et Dames du Saint Sépulcre de tous les coins du monde qui ont versé plus de cinquante millions d’euros depuis le Grand Jubilé de l’An 2000, destinés aux paroisses, aux écoles et aux institutions caritatives du Patriarcat Latin de Jérusalem. La plupart de ces écoles et de ces institutions caritatives ne servent pas seulement les catholiques du Patriarcat Latin, mais aussi tous les chrétiens et naturellement tous les résident – qu’ils soient chrétiens, musulmans et jifs – dans les régions où ils sont installés en Israël, en Palestine et en Jordanie. Nous espérons sincèrement que ce service universel puisse promouvoir non seulement la cause de l’unité chrétienne, mais aussi une plus grande compréhension interreligieuse et la paix éventuelle dans la terre sacralisée par la vie, la mort et la résurrection de Notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ.

Un grand nombre de nos membres ont fait des pèlerinages en Terre Sainte où ils ont visité non seulement les endroits sacralisés par Notre Seigneur, mais aussi certaines des paroisses et des institutions qui reçoivent l’aide de votre Ordre. Je suis certain que le Patriarche Fuad Twal, notre Grand Prieur et le Patriarche Latin de Jérusalem, souhaitent avec moi que Votre Sainteté puisse visiter certains des endroits assistés par notre Ordre, quand et s’il Vous sera possible, de faire Votre pèlerinage si désiré en Terre Sainte.

       Entre-temps, ayez l’assurance de nos prières incessantes, non seulement pour Votre Sainteté mais aussi pour la communauté, souvent assiégée et toujours plus restreinte, de nos frères et sœurs dans la Foi, en cette Terre du Seigneur que nous définissons, à bon droit Sainte, et nous vous demandons, du plus profond de notre cœur, Votre Bénédiction Apostolique pour eux et pour nous. Merci.

 

9. Dans la matinée du vendredi 5  décembre 2008, le Pape Benoît xvi a reçu en audience, dans la Salle Clémentine,  les membres de l'Ordre  équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem. Nous publions ci-dessous le discours prononcé par le Saint-Père à cette occasion:

Monsieur le cardinal, Vénérés frères dans l'épiscopat,Messieurs les membres du Grand Magistère  et Lieutenants,chers frères et sœurs!

Je suis heureux  d'accueillir et de souhaiter une cordiale  bienvenue  aux chevaliers, aux dames et aux ecclésiastiques qui représentent l'Ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem. Je salue en particulier Monsieur  le cardinal John Patrick Foley, grand maître de l'Ordre, et je le remercie  des paroles courtoises qu'il vient de m'adresser, également en votre nom. Je salue également le grand Prieur, Sa Béatitude Fouad Twal, patriarche de Jérusalem des Latins. En outre, à  travers chacun de vous, je souhaite faire parvenir l'expression de  mon estime et de ma reconnaissance à tous les membres  de votre association de grand mérite présente dans de nombreuses régions du monde.

La raison qui vous voit réunis ici à Rome est le «conseil mondial» qui prévoit tous les cinq ans la réunion des lieutenants, des délégués magistériels et des membres du grand magistère pour analyser la situation de la communauté catholique  en Terre Sainte, les activités exercées par l'Ordre et programmer les orientations pour l'avenir. Tout en vous remerciant de votre visite, je souhaite vous exprimer ma vive estime, notamment pour les initiatives de solidarité fraternelle que l'Ordre du Saint-Sépulcre de Jérusalem  continue à promouvoir depuis de nombreuses années en faveur des Lieux Saints. En effet, né comme une «garde d'honneur» pour protéger le Saint Sépulcre de Notre Sauveur, votre Ordre équestre a joui d'une singulière attention  de la part des Pontifes romains, qui l'ont  doté  des instruments spirituels et juridiques nécessaires pour assumer  son service spécifique. En 1847, le bienheureux Pieix le reconstitua pour favoriser la recomposition d'une communauté de foi catholique en Terre Sainte, confiant la garde  du Tombeau du Christ non plus à la force des armes, mais à la valeur d'un constant témoignage de foi et de charité envers les chrétiens résidents sur ces terres. Plus récemment, le serviteur de Dieu Pie xii, de vénérée mémoire, conféra à votre Association une personnalité juridique, rendant ainsi plus officielle et solide sa présence et son œuvre au sein de l'Eglise et aux côtés des nations.

Chers frères et sœurs, un lien antique et glorieux rattache votre association de chevalerie au Saint-Sépulcre du Christ, où est célébré de manière tout à fait particulière la gloire de sa mort  et de sa résurrection. C'est précisément cela qui constitue le noyau central de votre spiritualité. Que Jésus Christ  crucifié et resssuscité soit donc le centre de votre existence et de chacun de vos projets et programmes personnels et associatifs. Laissez-vous guider et soutenir par sa puissance rédemptrice pour vivre en profondeur la mission que vous êtes appelés à accomplir, pour offrir un témoignage évangélique éloquent, pour être les constructeurs, à notre époque, d'une espérance effective fondée sur la présence du Seigneur ressuscité, qui, avec la grâce de l'Esprit Saint, guidera et soutiendra le labeur de ceux qui se consacrent à l'édification d'une nouvelle humanité inspirée par les valeurs évangéliques de la justice, de l'amour et de la paix.

Comme la Terre de Jésus a besoin de justice et de paix!  Continuez à œuvrer pour cela, et ne vous lassez pas de demander, avec la Prière du chevalier et de la dame du Saint-Sépulcre, que ces aspirations trouvent au plus tôt leur accomplissement. Demandez au Seigneur qu'ils vous «rende des ambassadeurs convaincus et sincères de paix et d'amour parmi  vos frères»; demandez-Lui de féconder par la puissance de son amour votre œuvre incessante  qui soutient l'ardent désir de paix de ces communautés, alourdies  ces dernières années par un climat d'incertitude et de danger. J'adresse à ces chères populations chrétiennes, qui continuent à souffrir à cause de la crise politique, économique et sociale au Moyen-Orient, rendue encore plus pénible avec l'aggravation  de la situation mondiale,  une pensée affectueuse, en réservant un témoignage particulier de proximité spirituelle à nos nombreux frères dans la foi qui sont obligés d'émigrer. Comment ne pas partager la peine de ces communautés si éprouvées? Comment ne pas vous remercier, dans le même temps,  vous qui vous prodiguez généreusement  pour leur venir en aide? En ces jours d'Avent, alors que nous nous préparons  à fêter Noël, le regard de notre foi se tourne vers Bethléem, où le Fils de Dieu est né dans une pauvre grotte. Le regard du cœur se tourne ensuite vers tous les autres lieux sanctifiés par le passage du Rédempteur. Nous demandons à  Marie, qui a donné le Sauveur au monde, de témoigner de sa protection maternelle à nos frères et sœurs qui habitent en ce lieu et qui affrontent chaque jour de nombreuses dificultés.  Nous lui demandons également de vous encourager, ainsi que ceux qui, avec l'aide de Dieu, veulent et peuvent contribuer à l'édification d'un monde de justice et de paix.

         Chers chevaliers et chères dames, nourrissez en vous le climat de l'Avent, en gardant vivante dans vos cœurs l'attente du Seigneur qui vient, pour pouvoir le rencontrer dans les événements de chaque jour et le reconnaître et le servir en particulier chez les pauvres et les personnes qui souffrent. Que la Vierge de Nazareth, que  nous invoquerons dans quelques jours sous le titre d'Immaculée Conception, vous assiste dans votre mission de veiller avec amour sur les Lieux qui virent passer le divin Rédempteur, «faisant le bien et guérissant tous ceux qui étaient sous le pouvoir du démon. Car Dieu était avec lui» (cf. Ac 10, 38). Avec ces sentiments, je donne volontiers à tous ma Bénédiction apostolique.

 

10. INTERVENTION CARDINAL BERTONE

Monseigneur Cardinal, Frères vénérés de l’Episcopat, Messieurs les Membres du Grand Magistère et Lieutenants

de l’Ordre Equestre du Saint Sépulcre!

Je vous suis très reconnaissant de l’invitation que vous m’avez courtoisement faite à prendre part à la session de clôture des travaux dans le cadre desquels vous avez été réunis ces jours-ci à Rome, centre de la Chrétienté.

Vous êtes en effet réunis, comme il advient périodiquement, pour vérifier les objectifs de votre institution historique et mettre à jour les modalités selon lesquelles votre mission est concrètement mise en œuvre. C’est une joie pour moi de vous saluer avec affection. Mes salutations vont, naturellement, en premier lieu à Monsieur le Cardinal John Patrick Foley, Grand Maître de l’Ordre, qui est à sa première expérience de votre Consulta dès lors qu’il a été nommé à cette fonction prestigieuse par le Saint Père au mois de juin de l’année dernière.

Vous avez déjà eu la joie de rencontrer Sa Sainteté Benoît XVI et vous avez écouté sa parole encourageante qui a mis en lumière votre mission qui, depuis dès siècles désormais, vise à la protection et à la promotion des lieux sacrés de la Chrétienté, lieux qui ont vu l’accomplissement du mystère pascal, la mort et la résurrection du Christ, notre rédempteur.

A mon tour, je désire exprimer mon appréciation pour l’immense ensemble d’œuvres et d’institutions que vous soutenez avec une générosité digne d’éloges.

Je voudrais, en même temps, vous encourager à cultiver toujours davantage les sentiments et les intentions qui vous animent tous et qui, selon les exigences institutionnelles de votre association, naissent d’une affection, aussi authentique que noble, pour la Terre Sainte. Je voudrais, tout particulièrement, exprimer la reconnaissance du Saint-Siège pour vos interventions de charité concrète envers les communautés chrétiennes qui vivent, non sans sacrifices, leur profession chrétienne dans les régions tourmentées du Moyen-Orient. Ces chères communautés ecclésiales catholiques ont un besoin extrême, surtout en cette époque, de l’affection laborieuse des frères pour continuer à vivre et à témoigner leur foi dans la terre de Jésus. Ces communautés chrétiennes vous demandent de l’aide et comment ne pas reconnaître vos efforts déployés pour assister les institutions scolaires et culturelles ainsi que les lieux de culte du Patriarcat latin de Jérusalem ? Les écoles contribuent à garantir la présence future de la foi chrétienne dans ces lieux et représentent une assistance précieuse pour la promotion civile, humaine et sociale de ces populations, surtout grâce à la formation de citoyens honnêtes et de bons chrétiens, ou aussi de non chrétiens.

J’ai appris en outre avec plaisir que ces jours-ci vous avez également approfondi la spiritualité qui vous identifie dans l’Eglise et qui doit inspirer toujours davantage votre action. L’appartenance à l’Ordre du Saint Sépulcre doit, en effet, représenter pour les chevaliers et les dames une incitation vers l’ascèse personnelle : la prière, la référence constante au Verbe de Dieu, lu et incarné dans la vie, la promptitude au sacrifice, doivent être un point de référence constant, incontournable, dans votre vie personnelle et communautaire. Que vos communautés spéciales deviennent des écoles authentiques de prière pour affronter, dans un esprit constructif et espérance chrétienne, les défis de l’heure actuelle.

Chaque chrétien, en vertu du Baptême et en tant qu’appartenant au peuple de Dieu, est appelé à mettre en œuvre, selon la condition propre à chacun, la mission de l’Eglise qui est l’évangélisation pour porter à tous l’annonciation libératrice de l’Evangile. L’avancée du processus de sécularisation, qui se manifeste avec une particulière intensité dans le domaine extrêmement délicat de la famille, de la transmission et de l’acceptation de la vie et qui prend de façon toujours plus marquée un aspect déchristianisé l’impose. Consumeurisme et matérialisme tendent à faire oublier Dieu et à l’exclure en fait de l’horizon de la vie d’un grand nombre de personnes, en réduisant ainsi les dimensions authentiques de l’homme. Il faut donc que les chrétiens sachent proposer clairement et avec don de persuasion, l’unique réponse authentique et appropriée qu’est le Christ, modèle parfait de l’homme et son sauveur. Il faut inscrire cette réponse de la foi dans la culture en constante évolution d’aujourd’hui pour la régénérer de l’intérieur, la libérer de ses multiples esclavages et l’ouvrir aux valeurs authentiques.

Tout ceci vous interpelle vous aussi, chers amis de l’Ordre Equestre du Saint Sépulcre. Votre Ordre émérite, dans ses diverses articulations, est présent dans le monde entier avec l’intention de susciter une attention renouvelée et la solidarité envers la Terre Sainte. Il s’agit d’un Ordre qui peut compter sur une présence numériquement très importante ! Faites en sorte qu’elle soit également qualitativement significative, en d’autres termes toujours plus insérée dans le cheminement des Eglises locales, intensément engagées dans l’œuvre d’apostolat. En tant que fidèles laïcs, vous êtes appelés à recomposer dans votre activité quotidienne en famille, sur les lieux de travail et dans la société, l’unité d’une vie qui trouve dans l’Evangile son inspiration et sa force pour se réaliser dans la plénitude. Votre Association, en outre, ne peut qu’être toujours davantage une pépinière de formation de fidèles qui, illuminés par la doctrine sociale de l’Eglise, s’engagent au premier rang dans la défense du don sacré de la vie, dans la sauvegarde de la dignité de la personne humaine, dans la réalisation de la liberté éducative, dans la promotion de la vraie signification du mariage et de la famille, dans l’exercice de la charité envers les plus besogneux, dans l’édification de la paix et de la justice. Cette dimension de formation vous rendra aptes à insuffler la force rédemptrice de l’Evangile au sein des réalités temporelles. Ce n’est qu’ainsi que votre Ordre sera une ressource pour la transformation dans la société et dans la culture des Pays dans lesquels vous êtes présents, capables d’influencer ses orientations globales et de contribuer, pour sa part, à transmettre dans le tissu social la richesse des valeurs et des ferments de vie propres au message évangélique.

En ce temps de l’Avent, l’Eglise nous invite incessamment à être vigilants. Etre vigilants pour nous signifie accomplir le service qui nous est demandé, les flancs ceints et les lampes à huile allumées, toujours prêts à accueillir le Seigneur qui vient nous visiter dans les frères que nous rencontrons. C’est dans cette attitude que nous devons vivre et œuvrer, en témoignant en tous lieux la nouveauté de la vie chrétienne. Voici ce qu’écrit Romano Guardini : « Avec Jésus-Christ, l’existence humaine entre dans une nouvelle situation et le monde entier est saisi par la ferveur qui s’est répandue en Palestine. » Je souhaite à chacun de vous et à tous ceux que vous représentez de cultiver toujours ce style de vie. Je vous souhaite de vivre ainsi ce temps de l’Avent, en vous préparant à un Noël riche de foi et de générosité apostolique renouvelée. Je confie chacun de vous, vos familles et vos projets à l’intercession maternelle de Marie dont, dans quelques jours, nous célébrerons solennellement la fête de l’Immaculée Conception. A vous tous, encore une fois merci pour le service que vous rendez à l’Eglise. Et tous mes vœux pour ces prochaines Fêtes de Noël et du Nouvel An !

Nouveau Grand Maître de l’Ordre Equestre du Saint Sépulcre de Jérusalem

27 juin 2007

Le Saint-Père Benoît XVI a accepté, le 27 juin 2007, pour raison d’âge, la renonciation à la charge de Grand Maître de l’Ordre Equestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem de S.E.R. le Cardinal Carlo Furno et a nommé Pro-Grand Maître dudit Ordre Equestre S.E. Mgr John Patrick Foley.

Mgr John Patrick Foley est né le 11 novembre 1935 à Darby, diocèse de Philadelphie (USA). Il a été ordonné prêtre le 19 mai 1962. Depuis le 5 avril 1984, il était Président du Conseil pontifical pour les communications sociales. Ordonné évêque le 8 mai 1984, nommé archevêque, il a pris le titre de Neapolis in Proconsulari.  

Selon les Constitutions de l’Ordre, celui-ci est dirigé et gouverné par le Cardinal Grand Maître, qui est nommé par le Souverain Pontife parmi les Cardinaux de la Sainte Eglise Romaine. Mgr John Patrick Foley n’étant pas Cardinal, le Saint-Père l’a nommé Pro-Grand Maître de l’Ordre. Un Consistoire étant régulièrement annoncé par la presse, il est probable que Mgr John Patrick Foley soit créé prochainement Cardinal, ce qui lui permettra d’être formellement Grand Maître de l’Ordre.

La première encyclique de Benoît XVI: « Dieu est Amour »

25 janvier 2006

La première encyclique de Benoît XVI publiée aujourd’hui à midi, a pour titre « Dieu est Amour », « Deus Caritas est ». Elle est consacrée à la spécificité de l\'amour chrétien, et vise à raviver cette « charité » qui vient de Dieu au cœur de l’Eglise.

En voici la synthèse:

La première partie de l’encyclique a pour titre : « L\'unité de l\'amour dans la création et dans l\'histoire du salut ». Elle propose une réflexion à la fois philosophique et théologique, biblique et spirituelle sur la réalité de l’amour sous ses différentes formes, spécialement celles désignées par les mots grecs « éros » et « agapè » auxquels la révélation biblique a donné un sens nouveau.

La seconde partie de l’encyclique a pour titre : « Caritas – L’exercice de l\'amour de la part de l\'Eglise en tant que communauté de l\'amour », et présente la mise en pratique du commandement de l\'amour.

L’éros inscrit dans l’homme par le Créateur

Au début de son encyclique, le pape évoque un « problème de langage ». Il fait remarquer que le terme « amour » est l’un des mots les plus « galvaudés » aujourd\'hui et que, parmi les différentes formes d’amour, l\'amour entre l\'homme et la femme est considéré comme l’amour par excellence. La Grèce antique le désignait par le terme d’« éros ». Dans la Bible, et en particulier dans le Nouveau Testament, le concept d\'« amour » est purifié et approfondi comme en témoigne l’emploi du mot « agapè » pour exprimer un amour « oblatif ».

A propos de la nouvelle vision de l\'amour introduite par le Christ lui-même, Benoît XVI fait observer un malentendu : on l’a présentée comme un refus de l\'éros et de la corporéité. Or, le pape souligne que l’éros a été inscrit dans la nature même de l\'homme par son Créateur. Mais il a aussi besoin « de discipline, de purification et de maturation » pour ne pas perdre sa « dignité originelle » et ne pas être réduit à une conception du sexe quasi marchande.

Le don de soi, une « libération »

Mais la foi chrétienne considère l\'homme comme un être où sont unis l\'esprit et la matière. Ainsi, lorsque le corps et l\'âme de l\'homme se trouvent en parfaite harmonie, le défi de l’éros est en quelque sorte surmonté. L\'amour devient « extase », non pas moment d’ivresse passagère mais « exode permanent du moi fermé sur lui-même vers sa libération dans le don de lui-même » : l\'éros peut conduire l\'être humain vers le divin.

Ces deux formes de l’amour, « éros » et « agapè » ne peuvent donc être dissociées : plus ils trouvent un juste équilibre, plus la vraie nature de l\'amour se réalise. Même si l\'éros est au départ essentiellement désir, lorsqu’il se rapproche de l\'autre personne, il cherche le bonheur de l\'autre, se donne et désire être « pour l\'autre ».

Enfin, du point de vue chrétien, l’éros-agapè atteint sa forme sublime dans Jésus Christ, amour de Dieu fait chair. La mort sur la croix de Jésus qui se donne pour relever et sauver l\'homme, exprime l\'amour dans sa forme la plus élevée. De plus, à la veille de sa Passion, Jésus confère à cette offrande une présence durable dans le monde par l\'institution de l\'Eucharistie. Sous les espèces du pain et du vin, il se donne et unit les chrétiens à Lui. En participant à l\'Eucharistie les chrétiens sont à leur tour entraînés dans la dynamique de ce don et deviennent « un seul corps ».

L\'amour pour Dieu et l\'amour pour le prochain ne sont plus qu’un et l\'amour peut être un « commandement » car il est déjà « donné ».

Reflet de l’amour trinitaire

Dans la seconde partie de son encyclique, le pape montre que l\'amour pour le prochain, enraciné dans l\'amour de Dieu, est un devoir pour tout fidèle comme pour la communauté ecclésiale, qui, dans son activité caritative doit refléter l\'amour trinitaire.

La conscience d\'un tel devoir a eu une importance constitutive pour l\'Eglise depuis ses débuts et la « diaconie » est apparue au sein de la structure fondamentale de l\'Eglise en tant que service de l\'amour du prochain exercé en communauté et de manière ordonnée : un service à la fois concret et spirituel.

La nature intime de l\'Eglise s\'exprime dans un triple devoir: l\'annonce de la parole de Dieu (kérygme et martyre), la célébration des sacrements (liturgie) et le service de la charité (diaconie).

L’objection marxiste

Or, à partir du XIX siècle, une objection fondamentale a mis en cause l\'activité caritative de l\'Eglise : l’Eglise favoriserait le maintien du système injuste et freinerait le changement pour un monde meilleur.

Le marxisme, cité explicitement par le pape, a ainsi vu dans la révolution mondiale la panacée au problème social - un « rêve » qui s\'est évanoui avec le temps, remarque Benoît XVI.

Or le magistère pontifical a affronté les problèmes suscités par les changements sociaux du XIXe s. à partir de l’encyclique de Léon XIII Rerum Novarum (1893) , développant une doctrine sociale très articulée qui propose des orientations valables bien au-delà des frontières de l\'Eglise. Elle vient d’être exposée dans le « Compendium » publié en 2004.

Toutefois, le pape fait remarquer que la création d\'un ordre juste de la société est le principal devoir de la politique, et ne peut constituer une responsabilité « immédiate » de l\'Eglise.

L’amour ou la bureaucratie

La doctrine sociale catholique ne veut pas conférer à l\'Eglise « un pouvoir sur l\'Etat », mais souhaite seulement « purifier et éclairer la raison », en offrant sa contribution à la « formation des consciences », afin que les authentiques exigences de justice soient « perçues, reconnues et réalisées ».

Cependant, aucune institution d\'Etat, aussi juste soit-elle, ne peut rendre superflu le service de l\'amour, objecte Benoît XVI. Un Etat qui voudrait tout diriger deviendrait une « instance bureaucratique » incapable d’assurer ce dont l\'homme qui souffre a besoin: le dévouement personnel. « Celui qui veut s’affranchir de l’amour se prépare à s’affranchir de l’homme en tant qu’homme », avertit le pape.

Mais l’encyclique évoque également la mondialisation, soulignant qu’un de ses effets positifs est la sollicitude envers le prochain, au-delà des frontières nationales. De très nombreuses organisations à but caritatif et philanthropique ont vu le jour.

Et, au sein même de l\'Eglise catholique, comme dans d\'autres communautés ecclésiales, de nouvelles activités caritatives sont nées. Il est souhaitable, dit le pape, qu\'une « collaboration fructueuse » s\'instaure entre toutes ces instances.

L’action caritative propre au baptisé

Mais il est important que l\'activité caritative de l\'Eglise ne perde pas sa propre « identité » et qu\'elle conserve toute la « splendeur » de l\'essence de la charité chrétienne et ecclésiale.

L\'activité caritative chrétienne, en plus de la compétence professionnelle, doit se fonder, recommande le pape, sur « l\'expérience d\'une rencontre personnelle avec le Christ », dont l’amour a touché le cœur du croyant, suscitant en lui l\'amour pour le prochain.

Elle doit en outre être « indépendante de partis et d\'idéologies ». Le programme du chrétien – celui du Bon samaritain, le programme de Jésus, le Bon Pasteur - est d’être « un cœur qui voit » où il y a besoin d\'amour et qui agit en conséquence.

Enfin, l’activité caritative chrétienne ne doit pas être un « moyen » de « prosélytisme », car « l\'amour est gratuit », et ne peut viser d\'autres objectifs. Pourtant, cela ne signifie pas que l\'action caritative doive « laisser Dieu et le Christ de côté ». Le chrétien doit reconnaître le moment de parler de Dieu ou de se taire, en laissant parler l\'amour.

D’autre part, le pape recommande de considérer l\'hymne de saint Paul sur la charité comme la grande charte de tout service ecclésial et bouclier contre sa réduction au pur activisme ».

Celui qui prie ne perd pas son temps

Enfin, le pape réaffirme l\'importance de la prière. Le contact vivant avec le Christ évite l’écueil de tomber, devant l’immensité de la tâche et les limites humaines, dans l\'idéologie qui prétend de « faire maintenant ce que Dieu n’aurait soi-disant pas réussi à faire » et celui de céder à la tentation de l\'inertie et de la résignation.

« Celui qui prie, affirme Benoît XVI, ne perd pas son temps », et il donne l’exemple de la Vierge Marie, à qui il adresse une prière finale, et l’exemple des saints, surtout Mère Teresa de Calcutta, invitant à « puiser en Dieu la lumière et la force de l\'amour » capable de vaincre toute obscurité et tout égoïsme dans le monde.

ZENIT